Trahison

Le retour au foyer

 

Pierre est assis droit dans son lit. Il se regarde dans un petit miroir et prend bien soin de se raser de près. De temps à autre, il jette un coup d'oeil vers la photo d'Hélène. En la regardant, il sourit en disant à voix basse :

 

-Tu ne perds rien pour attendre. Tu ne le sais pas encore, mais c'est ce soir que nous coucherons dans le même lit. Il y a si longtemps que j'attends ce moment.

 

Pierre meurt d'envie de lui téléphoner, mais avant, il préfère compléter sa toilette. Tout en continuant à se préparer, il fait un clin d'oeil à la photo de temps en temps puis fredonne le chant nuptial.

 

Il y a déjà cinq semaines, que Pierre est dans cette chambre. Il a vraiment hâte de sortir. à sa droite, la fenêtre est ouverte et les rideaux vaguent au vent. Il sent différents parfums de fleurs qui viennent lui chatouiller le nez. Excité, il sent son coeur battre très vite, comme un petit enfant qui se prépare pour les vacances. Une fois son rasoir rangé dans son étui, il termine de s'habiller.

 

Ensuite, il se prend un cafée afin de se calmer avant de téléphoner à sa bien-aimée. Pierre regarde sa montre. Il n'est que dix heures. Son congé est seulement prévu pour midi. Qui sait? Le médecin ne l'a pas encore confirmé. Il a encore deux longues heures à attendre. Il n'en peut plus, il veut partager cette nouvelle avec Hélène. Saisissant le combiné, il compose le numéro. Hélène répond immédiatement.

 

-C'est toi Pierre? Comment vas-tu aujourd'hui?

 

-Très bien, ajoute-t-il avec un sourire. Es-tu prête à venir me chercher, j'aurai mon congé dès aujourd'hui.

 

Surprise! elle lui dit :

 

-J'arrive mon amour!

 

-Prends ton temps, je serai prêt seulement vers midi.

 

Avec un air moqueur, il ajoute :

 

-Tu ne seras pas en retard hein?

 

Il raccroche. D'une main, il tire la chaise roulante vers lui. Avec peine, il réussit à s'asseoir dessus. La porte de sa chambre ouverte, lui permet de regarder les gens aller et venir. Soudain, le médecin entre et s'approche de lui. Enfin, il vient lui donner son congé. Afin de s'assurer que Pierre suit à la lettre toutes ses recommandations, il lui dit qu'il est chanceux de s'en sortir ainsi.

 

-Je crois que tu devras être raisonnable pour les prochaines semaines. Tu aurais pu être paralysé pour le reste de ta vie. N'oublie pas, que c'est encore fragile. Une chute peut être fatale. Dans quelques mois, si tout va bien, tu pourras reprendre tes activités.

 

Pierre le regarde, mais ses pensées sont ailleurs. Il n'a qu'une seule idée en tête; retourner chez-lui. Le médecin lui souhaite bonne chance et le quitte. Pierre regarde sa montre et constate qu'il n'est que onze heures dix. Il téléphone à Hélène, mais personne ne répond. "Est-elle en route pour venir me chercher, ou est-elle allée ailleurs? Bon sang, il me reste encore une heure à attendre! Je vais aller faire une promenade avant de m'en aller". Il doit se convaincre, car se promener en chaise roulante le gêne; avec raison car il ne passe pas inaperçu.

 

-Bonjour, lui dit une infirmière.

 

Pierre a envie de faire demi-tour, mais il est trop tard. Il entend une autre voix qui vient de la chambre d'en face.

 

-Finalement, tu t'es décidé de venir nous voir!

 

Pierre donne quelques poussées sur les roues de la chaise, puis le voilà rendu à la chambre voisine.

 

-Je sais que tu trouves cela très frustrant, mais c'est mieux que de ne pouvoir se déplacer seul.

 

Pierre sourit et semble avoir compris le message. Son compagnon lui, il doit demeurer le reste de ses jours en chaise roulante. Après quelques instants, il oublie sa gêne et bavarde avec les patients qui viennent vers eux. Tous et chacun essaient d'oublier son malheur en racontant des petites histoires.

 

Hélène sort de l'ascenseur et regarde à sa droite. Elle l'aperçoit assit confortablement dans la chaise, riant aux éclats. Elle le regarde un moment sans bouger, puis se dirige vers eux. Pierre a le dos tourné et ne sait pas qu'elle est là.

 

Elle s'approche doucement, puis pose sa main sur son épaule. Il se retourne et l'aperçoit. Il la trouve très resplendissante. Ses cheveux détachés lui couvrent les épaules. Une belle robe d'été décolletée, laisse entrevoir le galbe de ses seins. Elle porte également de belles sandales. Elle est d'une extrême élégance et le sait en voyant les yeux illuminés de Pierre. Hélène, devient un peu gênée par le regard de son mari et ne peut s'empêcher de lui dire immédiatement :

 

-Tu sais, il fait très chaud dehors.

 

Pierre ne veut pas attendre plus longtemps dans cet endroit.

 

Il leur souhaite bonne chance et retourne à sa chambre pour prendre sa valise. Rendu à l'extérieur, Pierre constate qu'Hélène avait raison et s'installe dans la voiture péniblement. Il s'assoit confortablement à côté d'elle. Elle le regarde et d'un air moqueur, lui dit :

 

-Comment te sens-tu d'être obligé de te faire conduire par une femme?

 

Elle connaît bien le côté macho de son mari. D'un regard en coin, il lui fait un petit sourire forcé.

 

-Profites en, car cela ne durera pas longtemps. Dès que je serai mieux, je reprendrai ma place.

 

Hélène démarre la voiture et les voilà en route pour Sidney. Même si Pierre en profite pour admirer le paysage, il trouve ce trajet interminable. La chaleur est insupportable. Malgré que les vitres de la voiture sont grandes ouvertes, cela ne suffit pas à le rafraîchir. De plus, à cette heure, il y a toujours des embouteillages. Finalement, après plusieurs arrêts, ils arrivent à l'intersection où ils doivent tourner pour prendre la route qui les mène directement chez-eux.

 

Pierre s'était acheté un domaine à la bordure de Sidney, situé à une quarantaine de mètres de la route principale, où l'on peut voir cette maison à deux étages. Chaque côté de l'entrée, est décorée d'une haie. Au deuxième étage de la demeure, se trouve un balcon entouré de lanières en métal de différentes couleurs en forme de petites fleurs. Lorsqu'elles sont refermées, un magnifique bouquet de fleurs apparaît. En s'approchant de la maison, on entrevoit, la vitre du salon agrémentée de plusieurs carreaux multicolores. L'entrée qui se trouve au-dessous du balcon supporté par deux piliers de béton, est garni de fer forgé.

 

Hélène est très joyeuse. C'est la première fois qu'elle et son prince charmant habiteront cette maison. Une belle vue sur la mer, des gazons bien entretenus, un splendide jardin de fleurs, un superbe endroit de rêve. Tout cela contribue à son bonheur. Elle sait que Pierre est orgueilleux et prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut. Présentement, les émotions sont aussi importantes que la raison; un vrai conte de fée. Les voilà donc rendus. Pierre se laisse aider par sa déesse pour finalement franchir le seuil de la porte.

 

-Te voilà chez-nous, dit Hélène. Sindy et moi avons tout préparé pour ton retour.

 

-Cette chère Sindy, ajoute Pierre, ne change pas. Elle est toujours prête à rendre service.

 

-C'est vrai, je l'aime bien.

 

-Au fait, où est-elle? Je ne l'ai pas revue depuis déjà une semaine.

 

-Présentement, elle est en France pour une compétition et en profitera pour visiter un peu.

 

-Parfait réplique Pierre. Nous pourrons donc profiter de mon rétablissement seuls.

 

Hélène comprend très bien ce que son mari veut dire. Pourtant, elle se rend vite compte que les choses ne se passent pas ainsi. à peine rendu au foyer, Pierre commence à contacter ses confrères pour organiser une soirée. Tout va rondement. En une heure il a déjà invité une quarantaine d'amis. Il commence à ordonner à son épouse de lui apporter ceci et cela.

 

-Tu n'oublieras pas de porter ta plus belle robe. Tu dois faire bonne impression sur nos invités.

 

En une demi-heure, il boucla l'emploi du temps d'Hélène pour la prochaine semaine. Prise au dépourvue de voir son mari agir de la sorte, elle lui dit :

 

-Ne penses-tu pas que tu devrais te reposer?

 

-Depuis déjà cinq semaines, que je me repose. Maintenant il faut que je reprenne le temps perdu.

 

-D'accord, mais je pensais que nous allions passer ces moments seuls , juste toi et moi.

 

Elle comprend très vite qu'elle ne pourra pas lui faire changer d'idée. Il est déterminé à obtenir un poste important et il fera tout pour y arriver. Sa priorité est de conquérir ses collègues, ainsi que les gens influents pour lui procurer son avancement. Elle décide de se taire.

 

Elle est assise, la tête inclinée et le regarde prendre plaisir à téléphoner. Hélène semble lointaine et triste. Pierre ne s'aperçoit de rien. Elle se rend compte qu'elle passera toujours en deuxième. Se sentant négligée, elle décide de se consacrer à la compétition, ce qui l'a toujours comblé. En novembre prochain, aura lieu la Coupe Melbourne et elle aimerait y participer. Elle décide alors de lui en parler.

 

-Pierre, j'avais pensé prendre part à la Coupe Melbourne cette année. Penses-tu que c'est une bonne idée?

 

-Bien sûr, c'est une excellente idée! Imagine l'effet que cela aurait sur notre prestige si tu gagnais ce concours. Tous les regards des personnes influentes se tourneront vers nous. Je crois que ta participation à cette compétition est indispensable.

 

Pensant que cela pourrait l'amener à réfléchir, elle ajoute :

 

-Mais tu sais, si je participe à cette épreuve, cela veut dire que je ne pourrai pas te consacrer beaucoup de mon temps.

 

-Ne t'en fais pas pour moi, je m'arrangerai seul. De toute façon, je me remettrai au travail dès la semaine prochaine.

 

Comme prévu, il reprend son travail la semaine suivante. Même s'il éprouve un peu de difficulté à marcher, il consacre de plus en plus de temps au travail. Pendant les premières semaines, Pierre revenait chez-lui pour le souper et ils partageaient leurs soirées ensemble. Maintenant, il a souvent des soupers d'affaires et Hélène doit passer ses soirées seule. Elle est en compagnie de son mari uniquement lorsqu'ils sont invités pour des soirées ou lorsqu'ils reçoivent des personnalités.

 

Le reste de son temps, elle le passe entre son travail et ses pratiques de chevaux. Elle consacre beaucoup de temps à cette compétition. Plus que jamais, elle tient à remporter la première position car Pierre et elle ont décidé d'avoir des enfants prochainement. Avec les enfants, elle aura moins de temps pour son sport favori.



Suite la semaine prochaine!

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