L'Hospitalisation
Hélène
se dirige vers les soins intensifs. Elle s'adresse à l'infirmière et lui
demande des nouvelles de son mari.
-Tout
va très bien, mais il n'a pas encore repris conscience. Toutefois, il n'y a pas
eu de complication. Il arrive souvent dans des situations semblables que le
patient passe quelques jours dans un coma léger.
Surprise,
Hélène dit :
-Vous
voulez dire qu'il peut rester quelques jours sans reprendre conscience?
-Oui,
confirme l'infirmière. Cela arrive très souvent, mais le médecin ne l'a pas
encore examiné ce matin. Après sa visite, il pourra vous en dire d'avantage.
Spontanément,
elle lui demande :
-Puis-je
le voir?
-Venez,
dit-elle, je vais vous y conduire.
Hélène
suit l'infirmière et sursaute lorsqu'elle le voit. Il est difficile à
reconnaître. Des tubes entremêlés, provenant d'une machine branchée au mur
derrière lui, se rendent à son bras et à son nez. Pierre a les yeux fermés. Son
visage tout comme les draps, sont d'un blanc immaculé. Elle le regarde et le
fixe. Pourtant, c'est bien lui. A peine quelques heures plutôt, il était si
radieux et paraissait si heureux. Elle s'assoit près du lit et lui prend sa
main toujours chaude. En s'approchant de lui, elle lui dit :
-Pierre,
est-ce que tu m'entends? C'est moi, Hélène.
Elle
lui serre la main en espérant un signe, mais rien ne se passe. Pierre ne bouge
pas. Même si elle continue à lui parler et à lui serrer la main, il ne réagit
pas. En se penchant pour lui donner un baiser sur la joue, elle le sent très
loin de la réalité. Elle reste près de lui en lui tenant la main. Soudain, le médecin fait
son entrée.
-Bonjour Madame Smith. Vous paraissez plus détendue qu'hier. Je présume que vous avez bien
dormi.
-Oui,
j'ai pris un cachet et j'ai dormi toute la nuit.
-Très
bien, ajoute-t-il. Il y a assez de Pierre qui est malade, sans que vous aussi
vous, vous épuisiez. Bon, examinons le maintenant.
Après
l'avoir ausculté, il dit à Hélène:
-Son coeur est bon et
sa pression sanguine est normale. S'il
continue comme cela, il sortira d'ici plus vite que nous le pensons.
-Vous voulez dire qu'il n'aura aucune
séquelle?
-Bien sûr, à moins d'une complication
soudaine... Mais si tout va comme cela jusqu'à demain, vous pourrez sans doute
partir en voyage de noce très bientôt.
Folle de joie, elle va rejoindre Sindy
qui est assise dans la salle d'attente. En la regardant, elle constate que tout
va bien.
-Je crois que tu as des bonnes
nouvelles!
-Comment le sais-tu?
-Je le devine à l'expression sur ton
visage. Tu sais, tu n'as jamais réussi à me cacher quoi que ce soit. Seulement
en te regardant, je sais si tu es contente ou contrariée.
-C'est vrais, je n'ai jamais réussi à
cacher mes sentiments à qui que ce soit.
Hélène s'assoit et prend le café que Sindy, lui avait préparé. Elle jette un coup d'oeil et remarque un homme dans la trentaine
marchant dans le corridor. Assez grand, il moule un habit foncé. Ses cheveux
bruns et son visage lui donnent un air sympathique. De tout évidence, il
cherche quelqu'un. Tout au long du corridor, il s'arrête ici et là en parlant
aux gens qu'il rencontre. Soudain, il s'approche d'Hélène et de Sindy en leur
demandant :
-Est-ce que l'une d'entre vous est
madame Hélène Smith?
-Je suis Madame Smith, répond Hélène.
-Bon, enfin je vous ai trouvé.
-Mais qui êtes-vous?
-Je me présente mon nom est Jack. Je
suis le détective affecté à cette enquête.
Il s'avance et lui présente la main.
-Je suis désolé de ce qui est arrivé à
votre mari, Malgré tout, je dois vous poser quelques questions.
Jack a une poignée de main très ferme.
Immédiatement, elle lui demande s'ils ont trouvé la personne qui a tiré sur
Pierre.
-Pas encore, réplique-t-il, mais nous
savons d'où le coup de feu a été tiré et par quelle genre d'arme.
Très nerveuses, elles sont toutes deux
assises sur le bout de leur chaise. à chaque fois qu'elle termine de parler,
Hélène prend une grande gorgée de son café.
Jack, qui est en face d'hélène, se déplace vers sa gauche
et lui demande.
-Connaissez-vous quelqu'un qui aurait
pu avoir un motif pour tirer sur votre mari?
Pensive, Hélène dit :
-Non, je ne vois personne qui aurait
voulu l'abattre. Toutefois, je peux vous dire qu'il était sur le point de
prouver l'innocence de son client et cela aurait pu déplaire à certaines
personnes.
-Je vois, dit-il.
-Et vous, y a-t-il quelqu'un...
Il s'arrête subitement. Puis il poursuit
en disant.
-Y a-t-il quelqu'un qui aurait pu vous
en vouloir?
Hélène soupire et elle est très
surprise. Elle lui demande :
-Vous pensez que cette balle aurait pu
m'être destiné?
-Je ne le pense pas, mais je dois
envisager toutes les hypothèses.
Le visage d'Hélène se crispe, juste à
la pensée que quelqu'un aurait voulu la tuer. Jack remarque immédiatement
qu'elle est bouleversée et cherche à la rassurer.
-Je pense que cette balle a été tirée
par un professionnel. Il a sans doute atteint sa cible. Mais je ne veux prendre
aucune chance. D'ici à ce que nous trouvions le coupable, je vais m'assurer que
vous soyez surveillée en tout temps. Bon, je dois vous quitter maintenant.
Hélène assise sur le bout de sa
chaise, regarde Sindy, Pendant que Jack quitte l'urgence.
-As-tu entendu ce qu'il a dit? Je suis
peut-être en danger.
-J'ai très bien entendu, mais tu seras
surveillée. Je crois que tu ne dois pas t'en faire.
Soudain, une infirmière vient rompre
leur conversation.
-Madame Smith, Pierre vous réclame.
Elle se lève immédiatement en
disant :
-Il est réveillé! Merci mon Dieu.
Sans perdre un instant, Hélène se
précipite vers la chambre. En entrant, elle remarque que Pierre a les yeux à
moitié ouverts.
-Bonjour Pierre, comment te sens-tu?
Il lui fait un signe avec les yeux.
Elle lui prend la main et il la serre un peu. Il est encore très faible.
-Comment ça va? répète-t-elle.
D’une voix très faible, il
murmure :
-J'ai mal partout. Que s'est-il passé?
Avons-nous eu un accident?
Il referme les yeux et Hélène ne veut
pas tout lui dire de peur que la vérité l'épuise encore plus. D'une voix douce,
elle lui dit :
-Chéri, reposes-toi maintenant, tout
ira bien.
Voyant son visage tendu, elle sait
qu'il a de la douleur. Elle s'approche de lui et lui demande s'il souffre. Avec
peine, il lui fait signe que oui.
-Je vais leur demander, si tu peux
avoir une injection maintenant.
Quelques minutes plus tard, Pierre reçoit
son calmant.
L’infirmière est à peine sortie de la
chambre, que Pierre ouvre péniblement les yeux, et il lui di.
-Tu es très belle ma chérie.
Elle s'approche de lui et d’un
mouvement très doux, comme si elle avait peur de le blesser d’avantage, puis lui
baise le front.
-Tu sais, toi aussi tu es beau.
Il lui sourrit péniblement, puis referme
les yeux. Lentement, le médicament prend effet et le silence s'installe. Puis
il sombre dans un profond sommeil.
Hélène lui lâche la main et va
s'asseoir sur la chaise au fond de la chambre. Tout en le regardant, des larmes
lui glissent le long de ses joues. Elle se sent impuissante devant tout ce qui
se passe, c'est ce qui lui fait encore plus mal. Pensive, elle songe aux
paroles de Jack:
"Y a-t-il quelqu'un qui aurait un
motif pour faire disparaître Pierre?
Soudain, une idée lui traverse l’esprit,
mais refuse d'y croire.
"Mais non, pas Paul... Il était
si jaloux, mais de là à vouloir tuer Pierre, cela est une toute autre
chose".
Elle se secoue la tête comme si elle
voulait chasser cette idée. D'un bond , elle se lève et s'empresse d'aller rejoindre
Sindy. En la voyant, Sindy sait que quelque chose ne va pas.
-Tu sembles bouleversée. Que se passe-t-il?
-Rien. Pierre avait de la douleur et
ils lui ont donné une injection; il dort maintenant.
-Oui, insiste-t-elle, mais tu sembles
lointaine.
Brusquement, elle se retourne et lui
demande :
-Penses-tu, que Paul aurait pu tirer
sur Pierre?
-Paul, ton ancien?
-Tu te souviens, il était très
jaloux et je l'ai quitté pour Pierre.
-Voyons Hélène, il était jaloux, mais
de la, à tirer sur quelqu'un je ne le pense pas.
Malgré qu'elles essaient de se
convaincre, plusieurs souvenirs leur reviennent. Hélène et Paul, fiancés,
s'étaient fréquentés pendant deux ans. Mais Hélène repoussait toujours la date
de mariage. Elle le trouvait très beau et distingué, mais par contre, trop
égoïste et agressif. Finalement, ils avaient très peu en commun. Lorsqu'elle
l'avait quitté, il lui avait fait toute une scène de colère. Jamais elle ne
l'avait vu réagir de la sorte auparavant. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais
porté attention à ses paroles lorsqu'ils s'étaient séparés.
-Je ne l'avais raconté à personne. Lorsque je l'ai quitté, il m'a dit:
"Tu n'appartiendras à personne
d'autres tant et aussi longtemps que je vivrai".
-Crois-tu que je devrais en parler
avec Jack?
-Sans aucun doute, mais je continue de
croire que ce n'est pas lui.
-Je lui en parlerai dès que je le
reverrai.
Les deux femmes sont assises toutes
les deux sur le bout de leur chaise, et discutent des possibilités de ce crime
tout en buvant un café. Elles sont très nerveuses et essaient difficilement de
se convaincre que ce n'est pas Paul. Soudain, l'attention de Sindy est attiré
par quelqu'un entrant dans l'hôpital. Prise de panique, elle crie :
-Hélène, Hélène regardes, c'est Paul.
-Où? demande-t-elle nerveusement.
-Là, là! Au fond. Tout près de
l'entrée.
-Tu as raison, c'est lui. Que fait-il
donc ici? Il y a deux ans que je ne l'ai pas vu.
-Sindy, vas vite avertir le gardien de
sécurité! Je pense qu'il est venu terminer son travail. Nous voyons souvent
cela dans les films. Le criminel revient toujours sur les lieux du crime.
-Ressaisissons-nous, dit Sindy. Il ne
peut rien faire tant et aussi longtemps que nous sommes ici.
-Tu as sans doute raison, mais je
n'aime pas cela du tout! Fais mine de rien! Il ne faut surtout pas qu'il nous
reconnaisse.
-Je pense qu'il est trop tard. Le
voilà qui arrive!
-Bonjour Hélène, dit Paul.
-Ah... Paul! réplique-t-elle tout en
essayant de lui faire croire qu'elle est surprise. Paul! Que fais-tu ici?
-Bien, j'ai entendu ce matin que ton
mari avait eu un accident et je passais dans le coin, Je me suis dit que tu
aurais sans doute besoin de beaucoup de support en ce moment. Me voici!
Elle demeure bouche bée.
-Tu sais, j'espère que Pierre s'en
sortira, ajoute-t-il en démontrant une certaine empathie.
-Moi aussi, je l'espère.
Un long silence suit, personne n'ose
commencer la conversation. Il se tourne vers Sindy en souriant et il lui dit:
-Les deux inséparables. Comment vas-tu?
Il y a bien longtemps que je n'aie entendu parler de toi.
Froidement elle répond :
-Ah... moi, ça va!
-On dirait que quelque chose vous
dérange. Est-ce que c'est moi qui vous rend ainsi?
-Non, non, disent-elles ensemble.
-C'est... c'est... que nous sommes
surprises de te revoir après si longtemps, rajoute Sindy.
-Je comprends, Ça fait si longtemps.
J'étais à l'extérieur de la ville depuis les deux dernières années et je suis
arrivé seulement hier. Lorsque je suis rentré chez-moi, mes parents m'ont
annoncé que tu t' étais mariée. Tu sais Hélène, si tu as besoin de quoi que ce
soit, n'hésites pas à me contacter. Même si tu es mariée, j'ai toujours une
pensée pour toi.
Il leur donne la main chaleureusement.
-Bon, il faut que je me sauve
maintenant.
Il se retourne et sans regarder
derrière, il quitte l'hôpital.
Muettes, elles tremblent de peur.
Hélène rompt le silence :
-Viens vite, je dois contacter Jack!
-Attends, il faut nous remettre de nos
émotions avant. Tu pourras le rejoindre ce soir.
-D'accord, mais toute cette histoire
est bien étrange.
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