-Attends-moi... attends-moi!
Indifférente, Hélène continue
d'avancer à toute allure.
-Bon sang! Il faut que j'essaie de la
calmer!
Hélène marche tellement vite que Sindy
a de la difficulté à la suivre. Arrivée à l'écurie, elle choisit Pinochio.
-Tu n'as pas l'intention de monter ce
cheval? Tu sais très bien que personne n'a encore réussi à le contrôler!
-Il y a une fois à tout. J'ai besoin
de me changer les idées et c'est Pinochio que je prends.
-Je comprends très bien ce que tu
ressens, mais tu te tueras si tu montes ce cheval!
Même si elle insiste, elle se rend
vite compte qu'elle ne pourra pas lui faire changer d'idée. Hélène a, à peine
terminé de préparer Pinochio qu'elle le monte et ils partent au galop.
Jamais auparavant, Sindy n'avait vu
quelqu'un maîtriser un cheval de la sorte. Elle ne le retient nullement et
Pinochio s'en donne à coeur joie. Ils foncent à toute allure. Sindy essaie tant
bien que mal de les suivre, mais hélas, elle les aperçoit toujours au loin et
ils ne semblent ralentir. Heureusement ce soir, la pleine lune, éclaire les
sentiers ce qui lui permet de filer à toute vitesse.
Tout en essayant de les rejoindre,
Sindy espère qu'Hélène ne prendra pas le troisième sentier. Il porte le nom du
sentier de la mort. Son parcours est fait de ravins car il longe la montagne.
Pas possible... se dit-elle. Elle s'y dirige tout droit. "Bon sang, bon
sang! Que pense-t-elle? à cette vitesse, elle se tuera sans doute... »
En réalité, Hélène emprunte ce sentier
malgré elle. Elle ne contrôle plus son cheval. Il fonce à tout allure et on
entend les roches de la montagne dégringoler.
Au même moment, Monsieur Forest
découvre qu'Hélène n'est plus dans sa chambre. Instinctivement, il se dirige
vers l'écurie. En entrant, il réalise que Pinochio n'y est pas non plus. Pris
de peur, il regroupe plusieurs amis pour aller à la recherche de sa fille. Il
redoute le pire. Ils enfourchent leur cheval et partent à sa recherche. Le
groupe se disperse pour emprunter chacun un sentier différent. Tous croient à
un accident car personne jusqu'à maintenant n'a réussi à monter cet étalon.
Monsieur Forest sait qu'Hélène aime prendre des risques. Il décide donc de
prendre le troisième sentier tout en espérant se tromper.
Hélène a de la difficulté à voir
devant, tellement elle a les yeux pleins de larmes. Lorsqu'elle revient à la
réalité, elle se rend compte qu'ils ont pris le sentier de la mort, puis tente
de faire ralentir son cheval. à sa grande surprise, il répond très bien aux
commandes. Donc elle tire sur les guides pour l'immobiliser. Finalement, il va
à petits trots et Sindy réussit enfin à les rejoindre.
Contente de voir qu'Hélène maîtrise le
cheval comme elle le veut, elle lui crie de s'arrêter.
-Ne va pas plus loin!
Hélène arrête le cheval et descend. En
la rejoignant, Sindy lui dit :
-Tu sais, tu m'as donné la peur de ma
vie. Je craignais que tu tombes dans le ravin. Comment te sens-tu?
-Ouf! moi aussi j'ai eu peur lorsque
j'ai repris mes esprits. J'ai l'impression que Pinochio a ressenti que je ne le
contrôlais pas et il s'est très bien comporté.
Elles s'assoient toutes deux aux pieds
de leur cheval et Hélène commence à raconter comment Pierre et elle avaient
préparé leur voyage de noce.
-Je n'ai jamais couché avec lui et
nous avions tellement hâte à ce moment. Je m'étais achetée un beau déshabillé
noir. Je me trouve tellement stupide d'avoir refusé ses avances, simplement par
principe. Maintenant, je n'aurai peut-être plus la chance de le faire.
-Ne te décourages surtout pas. Je
comprends, tu vois tout en noir présentement mais je suis certaine que tout ira
très bien.
-Mais Sindy, le pire peut arriver.
Pierre peut mourir ou il peut demeurer paralysé. Je ne sais pas comment je
pourrai vivre avec cela.
Prise de panique, elle éclate en
sanglots. Sindy la prend dans ses bras et la serre très fort.
-Après une bonne nuit de sommeil, dit-elle,
tu verras les choses différemment. La journée a été très fatigante et tu ne peux
pas réfléchir normalement.
Au même instant, elles entendent des
pas de cheval qui viennent de l'autre direction. Surprises, elles se demandent
qui cela peut bien être. Soudain, elles voient une silhouette apparaître, mais
ne peuvent la distinguer. Le cavalier s'avance de plus en plus et à une
centaine de pas d'eux, Hélène reconnaît son père.
-Papa, papa, nous sommes ici.
Il s'approche d'elles. Il est très
content de voir sa fille saine et sauf.
-Ça va? Demande-t-il.
-Oui, j'ai eu la trouille de ma vie,
mais tout va bien.
-Bon, je pense que nous devrions
rentrer à la maison maintenant. Il y a beaucoup de gens qui sont à ta recherche
et ils seront contents d'apprendre qu'il ne t'est rien arrivé.
Hélène ne prend plus de chance de
chevaucher Pinochio et monte avec son père. Elle attache les guides sur la
monture du cheval. Le soir, c'est doublement dangereux, ils rebroussent donc
lentement le chemin. Ils ont eu suffisamment d'émotions pour aujourd'hui.
Hélène est assise derrière lui et elle a les bras au tour de sa taille. Elle le
serre très fort et se blottit contre son dos. Ce geste lui rappelle sa
jeunesse, elle le faisait souvent. Dans cette position, elle se sent en
sécurité. Pour un moment, elle oublie que Pierre est gravement blessé.
Sindy, qui a décidé de coucher chez
les Forest, réussit à la convaincre de prendre un somnifère afin de passer une
bonne nuit. Après quelques minutes, Hélène sombre dans un profond sommeil et se
réveille tard le lendemain matin. Elle semble beaucoup plus en forme
aujourd'hui.
Immédiatement après le déjeuner, elles
se rendent directement au chevet de Pierre. Pendant le trajet vers l'hôpital
Hélène dit à Sindy :
-Je suis contente que tu sois avec
moi en ce moment. J'ai toujours su que je pouvais compter sur toi dans les
moments difficiles.
-Je crois que tu devras m'endurer pour
les deux prochaines semaines. Cette nuit, j'ai décidé de prendre des vacances.
Je pourrai donc être avec toi pour t'aider durant cette douloureuse période.
Hélène, très contente, lui sourit .
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