Trahison

Deuxième Épisode.

Salle d'urgences

 

 

Lorsque, Hélène arrive à l'urgence, accompagnée de ses parents. Pierre est déjà dans la salle de chirurgie. Elle porte encore sa robe blanche, mais son visage ne reflète plus la joie d'une nouvelle mariée. Son visage laisse maintenant paraître de l'inquiétude. Son maquillage qui la rendait rayonnante laisse maintenant des traces de larmes sous ses yeux. Sur sa robe blanche éclatante, on aperçoit des taches de sang, ainsi que du mascara sur son corsage. Dans ses mains, Hélène tient toujours son bouquet, comme si c'était le seule souvenir de son mariage.

 

En se tournant vers la salle de chirurgie, elle voit sortir un médecin. Instinctivement, Hélène se dirige vers lui.

 

-Comment va Pierre? Comment va mon mari?

 

-J'en sais rien. Je sais seulement qu'ils sont entrain de lui retirer le projectile. Dès qu'ils auront terminé, j'en saurai un peu plus. Par contre, tout semble bien aller pour le moment. Il ne faut pas s'inquiéter. Nous serons fixés sur son état dans un peu plus d'une heure. En attendant, je vous suggère de rentrer chez-vous.

 

-Non... non... pas question! s'écrie Hélène, je veux rester ici.

 

-Je comprends, lui dit-il, mais il n'y a rien que vous puissiez faire ici.

 

-Je ne quitterai pas cet hôpital avant de connaître sa condition.

 

-D'accord, mais cela risque de prendre du temps. Il faut de la patience et du courage.

 

Après cette conversation, les parents d'Hélène essaient de la persuader de rentrer à la maison pour se changer et se rafraîchir, mais en vain. Son père, discrètement, va lui chercher un café.

 

Entre temps, Hélène s'est assise. Même si la salle d'attente est remplie de gens, elle ne voit personne. Elle fixe le mur qui se trouve devant elle. Des larmes continuent à couler le long de ses joues. "Mon Dieu, mon Dieu faites qu'il ne meurt pas". répète-t-elle continuellement. Elle reste là immobile, tout en buvant un café. Assis à ses côtés, ses parents semblent aussi très préoccupés.

 

Soudain, Sindy arrive en courant vers Hélène.

 

 

     -Ne t'en fais pas, lui dit-elle. Je suis là et je resterai avec toi!

 

Hélène se lève et la serre très fort contre elle.

 

-Tu sais, c'est terrible ce qui nous arrive!

 

-Je comprends, mais je suis certaine que tout ira pour le mieux. As-tu eu des nouvelles de Pierre?

 

-Non, ils sont présentement entrain de l'opérer. Cela prend du temps, avant de savoir comment il est.

 

Amies d'enfance, Sindy et Hélène ne se sont jamais séparées. En plus d'être des collègues de travail, elles ont grandi ensemble. Même que Sindy fait presque partie de la famille. Très grande et grassouillette, elle a de longs cheveux blonds qui lui descendent jusqu'aux reins. Les yeux verts et le nez un peu prononcé lui donnent un air taquin. Malgré qu'elle est plus âgée de deux ans qu'Hélène, on leur donne le même âge.

 

-Sindy, où étais-tu? Je ne t'ai pas vu à l'église…

 

-Tu me connais, dit Sindy. Il y a toujours quelque chose d'incroyable qui m'arrive. Tu ne le croiras pas , mais j'ai eu une crevaison. Je suis seulement arrivée lorsque tout le monde se dirigeait vers l'hôpital . Quand j'ai appris ce qui s'était passé, j'ai décidé d'aller me changer avant de venir te rejoindre.

 

Hélène lui sourit car elle connaît bien son amie.

 

Sindy porte une belle robe fleurie, un peu décolletée, qui laisse entrevoir ses seins encore très fermes. Ses belles jambes élancées attirent plusieurs regards. Elle dégage beaucoup de dynamisme et est très sociable.

 

-Je suis contente que tu sois là surtout en ce moment.

 

Sindy regarde la mère d'Hélène et constate qu'elle est exténuée.

 

-Madame Forest, vous pouvez rentrer chez-vous et nous vous téléphonerons dès que nous aurons des nouvelles. Vous n'avez pas à vous en faire, je resterai avec Hélène.

 

Monsieur Forest, en se levant, dit :

-C'est une bonne idée chérie. Viens, partons et tu pourras te reposer. Tu sembles très fatiguée.

 

-Tu as raison, je me sens épuisée. Est-ce que cela t'ennuie que je parte maintenant?

 

-Non maman, je serai très bien avec Sindy.

 

En les quittant, Monsieur Forest se retourne et leur dit :

 

-N'oubliez pas de nous aviser dès que vous aurez des nouvelles.

 

En attendant, Hélène et Sindy font les cents pas. Elles boivent un café après l'autre. Elles trouvent l'attente interminable et leurs yeux se tournent souvent vers la porte de la salle de chirurgie.

 

Soudainement, Hélène aperçoit Monsieur et Madame Smith, ses beaux-parents, assis à l'arrière de la salle d'attente. Ils sont entourés de leurs amis. Madame Smith est assise bien droit et a toujours son petit air suspect. Son nez est retroussé et son visage est très crispé. Son maquillage est impeccable et elle semble indifférente à ce qui se passe. Elle ne dégage aucune sympathie. Le regard des deux femmes se croisent. Hélène ressent une froideur comme si elle serait  coupable de ce qui arrive à son fils.

 

Elle partage à Sindy sa frustration :

 

-Il est vrais qu'elle ne m'a jamais accepté dans sa famille. De là à me faire sentir coupable, c'en est trop.

 

-Ne t'en fais pas, c'est peut-être sa façon d'exprimer sa peine.

 

-Tu as sans doute raison.

 

Monsieur Smith, lui, semble vraiment ressentir de la tristesse. Il se lève et va les trouver.

 

-C'est tellement triste ce qui vous arrive. Pierre perdra peut-être la chance de devenir juge; ce qu'il rêvait depuis fort longtemps.

 

Très surprise par cette remarque, elle lui dit :

 

-Monsieur Smith, vous ne croyez pas que le moment est mal choisi pour penser à la carrière de votre fils? Sa vie est en jeu et je crois que cela est bien plus important! Ne le pensez-vous pas?

 

-Bien sûr...Bien sûr...  Ce n’est vraiment pas le moment de parler de cela.

 

Hélène n'en peut plus de cette tension et se retire. En murmurant, elle se demande comment des parents peuvent penser ainsi.…

« Ils n'ont pas de coeur! » .

 

-Bon sang! Il y a tout près d'une heure trente que Pierre est dans cette salle et nous n'avons toujours pas de nouvelle.

 

-Calmes-toi un peu. Je suis certaine que tout va bien.

 

Finalement, le médecin sort de la salle de chirurgie et s'approche d'Hélène.

 

-Madame Smith? je suppose.

 

-Je suis Madame Smith, dit la mère de Pierre, qui s'est rapidement jointe à eux.

 

Elle ne semble pas avoir réalisé qu'Hélène est maintenant, aussi Madame Smith. Elles se retrouvent toutes deux devant le médecin.

 

En s'adressant à elles très lentement, il dit :

 

-Vous savez, Pierre a été sérieusement blessé. Malgré tout, nous lui avons sauvé la vie.

 

Hélène soupir.

 

"Quel soulagement".

 

-Mais que voulez-vous dire par "sérieusement blessé"? rétorque la mère de Pierre.

 

-Eh bien, nous lui avons retiré le projectile qui, heureusement, a effleuré de justesse le coeur. Toutefois, il s'est frayé un chemin jusqu'au rein gauche.

 

-Donc, il s'en sortira indemne?

 

-Nous ne pouvons nous prononcer formellement avant 48 heures, réplique le médecin.

 

D'une voix hésitante, il dit :

 

-Il se peut qu'il soit paralysé partiellement et temporairement. Vous savez, tout dépendra de son état physique durant les prochains jours.

 

-Puis-je le voir? demande Hélène.

 

-Je suis désolé, mais il ne peut recevoir de visiteurs avant demain. Il a besoin de se reposer. Vous savez, il a perdu beaucoup de sang et il doit être continuellement sous surveillance. Je crois qu'il serait plus sage si vous rentriez chez-vous.

 

Il se retourne. Épuisé, d'un pas lent il se dirige vers la sortie.

 

Hélène demeure bouche bée et imagine le pire.

 

-Je pense qu'il nous cache quelque chose, marmonne-t-elle.

 

Sindy lui prend le bras et la rassure :

 

-Non, il ne nous cache rien! Pierre s'en sortira, tu verras. Viens, rentrons à la maison et attendons à demain.

 

Hélène ne résiste pas. Elle accepte d'un signe de la tête. Elle ne s'est jamais sentie aussi impuissante qu'en ce moment.

 

-Ça va, rentrons chez-nous.

 

Elles sont sur le point de partir lorsque Madame Smith s'approche d'elles.

 

-Est-ce que tu viens à la maison avec nous?

 

-Non merci, je préfère aller chez-moi.

 

En insistant, Madame Smith rajoute :

 

-Mais tu es mariée et ta place est chez-nous maintenant, ne penses-tu pas!

 

Ce commentaire fit sortir Hélène de ses gonds.

 

-Je sais très bien que je suis mariée, mais j'ai décidé de passer la nuit chez-nous que cela vous plaise ou non. J'ai besoin de réfléchir à tout ce qui se passe!

 

-Je constate qu'il ne serre à rien que j'insiste d'avantage.

 

-Vous avez bien compris! répond Hélène du tac au tac.

 

Mécontente, la belle-mère se retourne et se dirige vers son mari.

 

Rendue chez-elle, Hélène se rend immédiatement dans sa chambre. En ouvrant la porte, elle aperçoit ses valises. Elle ne peut plus se contrôler et fond en larmes en se jetant sur son lit. Hélène ne peut s'empêcher de penser aux rêves qu'elle faisait à chaque fois qu'elle plaçait un vêtement dans ses valises. Pendant ces dernières semaines, elle rêvait au voyage que Pierre et elle avaient planifié. Ils avaient loué un chalet en Suisse où ils allaient pour la première fois se donner l'un à l'autre. Tout cela est foutu maintenant, pense-t-elle. Pierre ne remarchera peut-être jamais. Soudain, elle vient de penser à quelque chose. Elle se lève et lance ses vêtement sur le bureau.

La suite la semaine prochaine!

 

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