Salle d'urgences
Lorsque, Hélène arrive à l'urgence,
accompagnée de ses parents. Pierre est déjà dans la salle de chirurgie. Elle
porte encore sa robe blanche, mais son visage ne reflète plus la joie d'une
nouvelle mariée. Son visage laisse maintenant paraître de l'inquiétude. Son
maquillage qui la rendait rayonnante laisse maintenant des traces de larmes
sous ses yeux. Sur sa robe blanche éclatante, on aperçoit des taches de sang,
ainsi que du mascara sur son corsage. Dans ses mains, Hélène tient toujours son
bouquet, comme si c'était le seule souvenir de son mariage.
En se tournant vers la salle de
chirurgie, elle voit sortir un médecin. Instinctivement, Hélène se dirige vers
lui.
-Comment va Pierre? Comment va mon
mari?
-J'en sais rien. Je sais seulement
qu'ils sont entrain de lui retirer le projectile. Dès qu'ils auront terminé,
j'en saurai un peu plus. Par contre, tout semble bien aller pour le moment. Il ne
faut pas s'inquiéter. Nous serons fixés sur son état dans un peu plus d'une
heure. En attendant, je vous suggère de rentrer chez-vous.
-Non... non... pas question! s'écrie
Hélène, je veux rester ici.
-Je comprends, lui dit-il, mais il n'y
a rien que vous puissiez faire ici.
-Je ne quitterai pas cet hôpital avant
de connaître sa condition.
-D'accord, mais cela risque de prendre
du temps. Il faut de la patience et du courage.
Après cette conversation, les parents
d'Hélène essaient de la persuader de rentrer à la maison pour se changer et se
rafraîchir, mais en vain. Son père, discrètement, va lui chercher un café.
Entre temps, Hélène s'est assise. Même
si la salle d'attente est remplie de gens, elle ne voit personne. Elle fixe le
mur qui se trouve devant elle. Des larmes continuent à couler le long de ses
joues. "Mon Dieu, mon Dieu faites qu'il ne meurt pas". répète-t-elle
continuellement. Elle reste là immobile, tout en buvant un café. Assis à ses
côtés, ses parents semblent aussi très préoccupés.
Soudain, Sindy arrive en courant vers
Hélène.
-Ne t'en fais pas, lui dit-elle. Je suis là et je resterai avec toi!
Hélène se lève et la serre très fort
contre elle.
-Tu sais, c'est terrible ce qui nous
arrive!
-Je comprends, mais je suis certaine
que tout ira pour le mieux. As-tu eu des nouvelles de Pierre?
-Non, ils sont présentement entrain de
l'opérer. Cela prend du temps, avant de savoir comment il est.
Amies d'enfance, Sindy et Hélène ne se
sont jamais séparées. En plus d'être des collègues de travail, elles ont grandi
ensemble. Même que Sindy fait presque partie de la famille. Très grande et
grassouillette, elle a de longs cheveux blonds qui lui descendent jusqu'aux
reins. Les yeux verts et le nez un peu prononcé lui donnent un air taquin.
Malgré qu'elle est plus âgée de deux ans qu'Hélène, on leur donne le même âge.
-Sindy, où étais-tu? Je ne t'ai pas vu
à l'église…
-Tu me connais, dit Sindy. Il y a
toujours quelque chose d'incroyable qui m'arrive. Tu ne le croiras pas , mais
j'ai eu une crevaison. Je suis seulement arrivée lorsque tout le monde se
dirigeait vers l'hôpital . Quand j'ai appris ce qui s'était passé, j'ai décidé
d'aller me changer avant de venir te rejoindre.
Hélène lui sourit car elle connaît
bien son amie.
Sindy porte une belle robe fleurie, un
peu décolletée, qui laisse entrevoir ses seins encore très fermes. Ses belles
jambes élancées attirent plusieurs regards. Elle dégage beaucoup de dynamisme
et est très sociable.
-Je suis contente que tu sois là
surtout en ce moment.
Sindy regarde la mère d'Hélène et
constate qu'elle est exténuée.
-Madame Forest, vous pouvez rentrer
chez-vous et nous vous téléphonerons dès que nous aurons des nouvelles. Vous
n'avez pas à vous en faire, je resterai avec Hélène.
Monsieur Forest, en se levant, dit :
-C'est une bonne idée chérie. Viens,
partons et tu pourras te reposer. Tu sembles très fatiguée.
-Tu as raison, je me sens épuisée. Est-ce
que cela t'ennuie que je parte maintenant?
-Non maman, je serai très bien avec
Sindy.
En les quittant, Monsieur Forest se
retourne et leur dit :
-N'oubliez pas de nous aviser dès que
vous aurez des nouvelles.
En attendant, Hélène et Sindy font les
cents pas. Elles boivent un café après l'autre. Elles trouvent l'attente
interminable et leurs yeux se tournent souvent vers la porte de la salle de
chirurgie.
Soudainement, Hélène aperçoit Monsieur
et Madame Smith, ses beaux-parents, assis à l'arrière de la salle d'attente.
Ils sont entourés de leurs amis. Madame Smith est assise bien droit et a
toujours son petit air suspect. Son nez est retroussé et son visage est très
crispé. Son maquillage est impeccable et elle semble indifférente à ce qui se
passe. Elle ne dégage aucune sympathie. Le regard des deux femmes se croisent.
Hélène ressent une froideur comme si elle serait coupable de ce qui arrive à son fils.
Elle partage à Sindy sa frustration :
-Il est vrais qu'elle ne m'a jamais
accepté dans sa famille. De là à me faire sentir coupable, c'en est trop.
-Ne t'en fais pas, c'est peut-être sa
façon d'exprimer sa peine.
-Tu as sans doute raison.
Monsieur Smith, lui, semble vraiment
ressentir de la tristesse. Il se lève et va les trouver.
-C'est tellement triste ce qui vous
arrive. Pierre perdra peut-être la chance de devenir juge; ce qu'il rêvait
depuis fort longtemps.
Très surprise par cette remarque, elle
lui dit :
-Monsieur Smith, vous ne croyez pas
que le moment est mal choisi pour penser à la carrière de votre fils? Sa vie
est en jeu et je crois que cela est bien plus important! Ne le pensez-vous pas?
-Bien sûr...Bien sûr... Ce n’est vraiment pas le moment de parler de
cela.
Hélène n'en peut plus de cette tension
et se retire. En murmurant, elle se demande comment des parents peuvent penser
ainsi.…
« Ils n'ont pas de coeur! » .
-Bon sang! Il y a tout près d'une
heure trente que Pierre est dans cette salle et nous n'avons toujours pas de
nouvelle.
-Calmes-toi un peu. Je suis certaine
que tout va bien.
Finalement, le médecin sort de la
salle de chirurgie et s'approche d'Hélène.
-Madame Smith? je suppose.
-Je suis Madame Smith, dit la mère de
Pierre, qui s'est rapidement jointe à eux.
Elle ne semble pas avoir réalisé
qu'Hélène est maintenant, aussi Madame Smith. Elles se retrouvent toutes deux
devant le médecin.
En s'adressant à elles très lentement,
il dit :
-Vous savez, Pierre a été sérieusement
blessé. Malgré tout, nous lui avons sauvé la vie.
Hélène soupir.
"Quel soulagement".
-Mais que voulez-vous dire par
"sérieusement blessé"? rétorque la mère de Pierre.
-Eh bien, nous lui avons retiré le
projectile qui, heureusement, a effleuré de justesse le coeur. Toutefois, il
s'est frayé un chemin jusqu'au rein gauche.
-Donc, il s'en sortira indemne?
-Nous ne pouvons nous prononcer
formellement avant 48 heures, réplique le médecin.
D'une voix hésitante, il dit :
-Il se peut qu'il soit paralysé
partiellement et temporairement. Vous savez, tout dépendra de son état physique
durant les prochains jours.
-Puis-je le voir? demande Hélène.
-Je suis désolé, mais il ne peut
recevoir de visiteurs avant demain. Il a besoin de se reposer. Vous savez, il a
perdu beaucoup de sang et il doit être continuellement sous surveillance. Je
crois qu'il serait plus sage si vous rentriez chez-vous.
Il se retourne. Épuisé, d'un pas lent
il se dirige vers la sortie.
Hélène demeure bouche bée et imagine
le pire.
-Je pense qu'il nous cache quelque
chose, marmonne-t-elle.
Sindy lui prend le bras et la rassure :
-Non, il ne nous cache rien! Pierre
s'en sortira, tu verras. Viens, rentrons à la maison et attendons à demain.
Hélène ne résiste pas. Elle accepte
d'un signe de la tête. Elle ne s'est jamais sentie aussi impuissante qu'en ce
moment.
-Ça va, rentrons chez-nous.
Elles sont sur le point de partir
lorsque Madame Smith s'approche d'elles.
-Est-ce que tu viens à la maison avec
nous?
-Non merci, je préfère aller chez-moi.
En insistant, Madame Smith rajoute :
-Mais tu es mariée et ta place est
chez-nous maintenant, ne penses-tu pas!
Ce commentaire fit sortir Hélène de
ses gonds.
-Je sais très bien que je suis mariée,
mais j'ai décidé de passer la nuit chez-nous que cela vous plaise ou non. J'ai
besoin de réfléchir à tout ce qui se passe!
-Je constate qu'il ne serre à rien que
j'insiste d'avantage.
-Vous avez bien compris! répond Hélène
du tac au tac.
Mécontente, la belle-mère se retourne
et se dirige vers son mari.
Rendue chez-elle, Hélène se rend
immédiatement dans sa chambre. En ouvrant la porte, elle aperçoit ses valises.
Elle ne peut plus se contrôler et fond en larmes en se jetant sur son lit.
Hélène ne peut s'empêcher de penser aux rêves qu'elle faisait à chaque fois
qu'elle plaçait un vêtement dans ses valises. Pendant ces dernières semaines,
elle rêvait au voyage que Pierre et elle avaient planifié. Ils avaient loué un
chalet en Suisse où ils allaient pour la première fois se donner l'un à
l'autre. Tout cela est foutu maintenant, pense-t-elle. Pierre ne remarchera
peut-être jamais. Soudain, elle vient de penser à quelque chose. Elle se lève
et lance ses vêtement sur le bureau.
Powered and Generated by G1Script.Com