Le retour de Sindy
Madame Forest est entrain de préparer
le repas, Soudain le téléphone se fait entendre et répond. Surprise, elle
s'écrie :
-Sindy, mais c'est toi?
-Et bien oui, c'est bel et bien moi. Cela
fait un bout de temps que je ne vous ai pas parlé!
N’ayant pas eu de ses nouvelles depuis
fort longtemps, elle est contente de lui parler.
-Mais où es-tu?
-Je suis au Canada.
-Au Canada, mais que fais-tu là?
-Je travaille et je m'y plais
beaucoup. Je voulais prendre des nouvelles d'Hélène. A-t-elle retrouvé la vue?
-Non, pas encore.
Madame Forest lui explique tout ce qui
se passe.
-Tu sais, je suis vraiment inquiète
pour sa santé. Depuis sa chute, elle ne s'est jamais remise. Ce qui nous
effraie le plus, c'est le fait que cette chute a été provoquée. Nous avons
découvert que sa monture a été coupée.
Surprise d'apprendre cette nouvelle,
elle dit.
-Attendez-moi, je viens vous
rejoindre. Est-ce qu'Hélène est au courant que sa monture a été brisée?
-Non, nous n'avons pas voulu lui dire,
car nous ne voulions pas l'inquiéter davantage. Mais Sindy, que se passe-t-il?
-Je ne sais pas trop, mais je sais que
je dois revenir chez-moi.
Elle raccroche l'appareil et Madame
Forest demeure songeuse. "Sindy semble se douter de quelque chose, pense-t-elle.
Elle connaît notre fille mieux que nous. A-t-elle été impliquée dans de
mauvaises actions"? Toutes sortes d'idées lui viennent à l'esprit.
"J'espère que Sindy viendra nous voir pour nous raconter ce qui se
passe".
De son côté, Sindy ne perd pas une
minute. Elle prépare vite sa valise et se dirige tout droit vers l'aéroport
afin de prendre le premier vol pour l'Australie. Heureusement, l'attente ne fut
pas trop longue. Assise dans l'avion, elle repense à tous ces événements.
Chaque petit morceau du casse-tête vient se mettre en place. Malgré son
impatience d'arriver à destination, elle trouve que ce voyage passe très vite.
Déjà, l'avion amorce la descente.
Hâtivement, elle se dirige vers une
cabine téléphonique et cherche le numéro de téléphone de Paul. Finalement, elle
le trouve et le compose en espérant qu'il est chez-lui. Exténuée, elle ne lui
dit même pas bonjour et lui demande de venir la rejoindre à l'aéroport. Paul
constate qu'elle est très affolée et ne lui pose aucune question.
-D'accord, attends-moi, J'arrive.
Sindy est assise dans un restaurant et
boit café après café. Elle regarde souvent vers la porte en espérant de le voir
arriver. Elle trouve l'attente interminable. Pourtant, il y a seulement une
quinzaine de minutes qu'elle lui a parlé. Finalement, il arrive à la course.
-Bonjour Sindy, qu'est-ce qui se
passe? Tu sembles affolée, demande-t-il en l'embrassant.
-J'ai l'impression que tu le seras toi
aussi.
-Mais tu me fais peur. Est-ce que tu
es en danger?
-Non pas moi, mais je crois qu'Hélène
l'est.
-Mais expliques-toi! Que veux-tu dire?
Elle reprend son souffle. Sans arrêt,
elle lui explique tout ce qu'elle pense. Paul est sidéré. Il a vraiment de la
difficulté à la suivre.
-Bon sang, dit-il. Si tout cela est
vrai, Hélène est sérieusement en danger! Nous devons informer la police!
-Non, dit Sindy, il y a plusieurs
années que ça dure. Quelques jours de plus ne changera rien. Nous vérifierons
nous-même si cela est vrai.
-Mais Sindy, peux-tu me dire ce qui
t'a mis la puce à l'oreille?
Elle lui raconte qu'elle avait
téléphoné à Madame Forest afin de prendre des nouvelles d'Hélène. Celle-ci lui
a appris que la monture qu'utilisait Hélène avait été sectionnée probablement à
l'aide d'un couteau.
-Donc, son accident était prémédité et
c'est pourquoi je crois que ce n'est pas Pierre que l'on voulait atteindre la
journée du mariage, mais bien Hélène. Aussi présentement, j'ai l'impression que
l'on essaie de la rendre folle.
-Mais au fait, j'y pense... Hier, je
suis allé dîner avec elle au restaurant et elle a reconnu le parfum. Selon
Hélène, c'est la même odeur que lorsqu'elle perçoit la présence de personnes
chez-elle. Je lui ai décrit la femme qui portait ce parfum et selon elle, c'est
la secrétaire de Pierre.
Ils décident de commencer les
recherches dès le lendemain matin. Déjà, il se fait tard et Sindy doit se
trouver un endroit pour passer la nuit.
-Si tu n'y vois pas d'inconvénient, tu
peux venir chez-moi. J'ai deux chambres et tu ne me déranges nullement.
Sindy accepte. Elle ne veut pas
commencer à chercher un hôtel à cette heure. Il passe déjà minuit et elle a
besoin de repos, car les prochains jours s'annoncent mouvementés.
Pierre et Hélène sont tous deux
couchés et ils dorment d'un profond sommeil. Hélène s'éveille brusquement et
entend encore une fois des voix venant d'en bas. Elle ne prend même plus la
peine de réveiller son mari, car il ne vient plus voir. Elle est désormais
habituée à ce rituel et décide de descendre l'escalier. Habituellement,
lorsqu'elle est rendue en bas, les voix se taisent et elle peut remonter se
coucher. Elle descend donc. Rendue aux deux dernières marches, elle se bute et
trébuche. En tombant, elle se heurte la tête par terre. Heureusement, elle
n'est pas blessée. Allongée sur le sol, elle se soulève la tête. En regardant
vers la lumière, elle perçoit deux ombres passer. Elle n'en croit pas ses yeux.
Elle commence donc à voir! Ce n'est que des ombrages, mais cela veut dire qu'elle
reverra probablement. Lorsque les ombres ont dépassé le rayon de lumière, elle
ne les voit plus. Elle écoute et entend la porte arrière se refermer doucement.
Elle se lève et va se faire un café.
Elle s'assoit à la table et passe ses mains devant ses yeux. Elle voit bien des
ombres. Tout en buvant son café, elle regarde partout pour voir si sa vue ne
s'améliore pas. "Pourtant, ce n'est pas une vision que j'ai eue".
pense-t-elle.
Elle aimerait le dire à son mari, mais
elle est certaine qu'il croira que c'est des hallucinations. Elle décide donc
d'en parler à personne pour le moment. Elle a peur que cela ne soit
qu'éphémère. Avant de monter se coucher, elle se dirige vers l'escalier et
passe ses mains partout sur les marches et au tour de l'escalier. Elle ne
touche aucun objet et se demande sur quoi elle aurait pu trébucher!
Elle est convaincue que quelqu'un a
mis un objet sur son passage et l'a retiré par la suite. Pour la première fois,
elle commence à soupçonner son mari. "J'y pense, le parfum dans la
voiture, les ombres que j'ai vues et Pierre qui me dit, qu'il n'y a jamais
personne dans la maison"! Confuse, elle ne sait plus si elle devient
paranoïaque ou si tout cela est vrai. Elle se passe donc les mains encore une
fois devant les yeux et voit toujours l'ombrage des objets lorsqu'elle est en
face de la lumière. Même si elle pense que Pierre peut être celui qui lui veut
du mal, elle décide de retourner se coucher près de lui. Elle ne sait pas
pourquoi il voudrait la rendre folle. Désormais, elle sera vigilante.
Elle se couche et ne se réveille que
le lendemain matin. Pierre est déjà debout. Comme d'habitude, il lui a préparé
son petit déjeuner. Tout en mangeant, il lui demande si elle a entendu des voix
la nuit dernière.
-Je t'ai entendue descendre et tu t'es
fait du café.
Hélène aurait envie de lui dire
qu'elle commence à distinguer des ombres, mais préfère ne rien dire.
-Non, ajoute-t-elle, je n'ai rien
entendu hier. Je me suis réveillée et j'ai décidé de prendre un café. J'avais
de la difficulté à dormir et je suis restée dans la cuisine un bon bout de
temps.
Avant de se lever, la première chose
qu'elle a fait, c'est de se passer les mains devant ses yeux. Elle perçoit
encore des ombres et distingue même des formes. Ils n'ont pas terminé leur
petit déjeuner, que Nadia arrive avec les enfants.
-Bon dit Pierre, je crois que je dois
partir, car je suis en retard.
Il lui donne un baiser, il embrasse
Bryan et Kathia, puis les quitte.
Sindy et Paul sont entrain de prendre
leur petit déjeuner. Ils discutent de stratégies afin de vérifier si leur
hypothèse est bonne. Plusieurs indices les conduisent sur cette piste, mais il
y a tellement de choses qu'ils ne peuvent expliquer. Par exemple, quel serait
le motif? Il y a plusieurs questions auxquelles ils n'ont pas de réponse. Tout
en discutant, Paul se souvient qu'Hélène lui a dit qu'elle n'entendait ces voix
qu'à tous les deux jours. Une chose était certaine, c'était toujours la nuit.
Ils décident que Paul essaierait de savoir quand elle a entendue des voix pour
la dernière fois.
-Nous ne devons pas l'affoler.
Surtout, elle ne doit pas savoir que je suis par ici.
-Mais au fait, pourquoi ne veux-tu pas
que l'on sache que tu es en Australie?
Elle hésite avant de répondre. Finalement,
elle décide de parler.
-Il y a quelques mois, j'ai reçu des
menaces. Un étranger s'est présenté chez-moi et il m'a invité à quitter le
pays. Sinon, il allait dénoncer mon père.
Paul écoute attentivement Sindy, raconter péniblement son histoire.
-Lors de la dernière guerre, mon père s'est installé ici sans permission
et il n'a jamais voulu faire sa demande de réfugié, car il avait peur d'être
refusé. Il a donc vécu ici illégalement et cela n'a jamais posé de problème...
jusqu'à il y a quelques mois. Certaines personnes semblent au courant et elles
m'ont formellement avisée de quitter le pays sinon elles le dénonceraient. Je
connais mon père, cela le tuerait s'il devait quitter le pays. J'en ai donc
parlé à personne et je suis allée vivre au Canada. C'est pourquoi je ne veux
absolument pas, que quelqu'un me voit dans la région. J'aurais pu contacter la
police et demeurer ici, mais j'ai décidé de respecter leur demande afin de leur
laisser croire que tout allait bien se passer. Lorsque j'étais au Canada, je
suis allée à l'ambassade et j'ai entamé des démarches pour que mon père
obtienne sa citoyenneté. Je me suis assurée, qu'il ne courait aucun risque.
Maintenant, il ne lui reste qu'à remplir certains formulaires et ils m'ont
assuré qu'il allait l'obtenir. J'ai été chanceuse de rencontrer des gens
influents qui m'ont facilité la tâche.
Paul commence à comprendre un peu plus
la situation.
-As-tu pensé que ces gens voulaient
sans doute t'éloigner d'Hélène? Ils savent que tu es très proche d'elle et surtout
que tu es sa confidente.
-Justement, c'est ce qui m'est venu à
l'idée, lorsque j'ai appris que l'on voulait la tuer.
Comme prévu, Paul téléphone à Hélène.
-Bonjour chérie, lui dit-il.
Elle lui demande de patienter et va
prendre l'appareil dans sa chambre.
-Mais que se passe-t-il? lui demande
Paul.
Elle parle à voix basse et lui dit :
-Chéri, je commence à percevoir des
formes.
Il est tellement content d'apprendre
cela.
-Pourquoi ne le cries-tu pas à tout le
monde?
Elle lui raconte qu'hier dans la nuit,
elle a vu l'ombre de deux personnes sortir de la maison.
-J'ai peur qu'ils pensent tous, que ce
ne sont que des hallucinations. Ce matin, je perçois encore des formes.
-Mais Hélène, tu as encore entendu ces
gens hier soir?
-Oui, en plus dans l'escalier, j'ai
trébuché sur un objet. Lorsque j'ai vérifié partout avec mes mains, il n'y
avait rien.
"Bon sang, pense-t-il, nous
devons agir très vite"!
-Mais Hélène, as-tu l'impression que
quelqu'un planifie ces événements?
En pleurnichant, elle lui dit :
-Chéri, je pense que l'on veut me
rendre folle.
Il se fait rassurant en disant, qu'il
surveillerait la maison toutes les nuits s'il le fallait.
-Chérie, si une situation dangereuse
survient, tu n'auras qu'à crier. Je serai caché derrière la maison.
Finalement, elle est contente que Paul
réalise que ce ne sont pas des hallucinations. Voyant qu'elle se sent plus
rassuré, il raccroche et raconte tout à Sindy.
-Bon si j'ai bien compris, en
principe, ils ne devraient pas être là ce soir.
-Non, tout semble se passer seulement
à tous les deux soirs.
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