Visite en psychiatrie
Quelques semaines se sont écoulées
déjà, depuis qu'elle a entendu des voix durant la nuit. Depuis ce temps, cela
ne lui est plus arrivé. Hélène pense définitivement qu'elle était extrêmement
fatiguée. De toute façon, c'est la seule raison plausible qui lui reste. Ses
pensées sont centrées envers sa relation avec Paul.
Un soir Pierre est chez-lui et ils
décident tous deux de se coucher tôt. Encore ce soir-là, il se dit trop fatigué
pour faire l'amour. De toute façon, elle n'avait pas le goût. Elle est
contente, car Hélène ne pense plus qu'à Paul maintenant. Comme d'habitude, elle
prend un somnifère avant de se coucher. En posant sa tête sur l'oreiller, son
mari commence déjà à ronfler. Hélène prend plus de temps avant de s'endormir.
Elle dormait profondément lorsqu'elle s'éveille en sursaut. Elle entend du
bruit dans la chambre des enfants. "Pourtant, ils sont au chalet avec
Nadia". Elle s'assoit dans le lit et écoute attentivement. Il y a bel et
bien quelque chose qui se passe dans cette chambre. Elle réveille son mari et
lui demande d'écouter.
-Entends-tu du bruit dans la chambre
des enfants? lui demande-t-elle à voix basse.
A moitié endormi, il s'assoit et
écoute attentivement.
-Non, je n'entends rien.
Étonnée , elle lui dit d'une voix
tremblante.
-Mais tu n'entends pas ce bruit?
-Non, tout est calme.
-Bon sang, je deviens folle car je
l'entends toujours!
-Je pense que tu as tout simplement
fait un cauchemar.
Hélène n'est pas convaincue et décide
d'aller voir, mais sa peur lui fait rebrousser chemin.
-Pierre, vas jeter un coup d'oeil.
J'ai trop peur!
Tout en grommelant, Pierre se lève et
va dans la chambre vérifier.
-Je te l'ai dit, il n'y a rien! Viens
le constater par toi-même.
Hélène se lève et vient le rejoindre.
Elle fait le tour de la chambre, mais elle n'entend plus rien.
-Tu vois, tu as tout simplement fait
un cauchemar.
Il retourne se coucher tandis qu'elle
n'en revient pas. Elle décide donc d'en faire autant. Elle est à peine
installée dans le lit, qu'elle entend des voix venant d'en bas. Elle est
affolée et elle entend encore une fois, une voix d'homme et de femme qui
semblent rire aux éclats. Elle touche son mari et constate qu'il dort. Cette
fois, elle ne veut pas le réveiller. Elle se dirige vers le corridor et va
jusqu'à l'escalier. Les voix se font toujours entendre. Bravant sa peur, elle
descend. Cette fois, elle n'a pas de difficulté à se tenir debout. Hélène est
très consciente de ce qui se passe. Rendue en bas, les voix sont toujours
présentes. Hélène se dirige vers le canapé et passe ses mains partout comme une
déchaînée. Les voix se taisent et elle sent encore la même senteur de parfum
tout comme la première fois. Elle sent la présence des personnes, mais ne peut
les toucher. Pierre, qui s'est aperçu de son absence, descend la rejoindre.
-Que se passe-t-il chérie?
-Allumes les lumières, dit Hélène. Il y
a quelqu'un dans le salon.
-Mais Hélène, les lumières sont
allumées! La seule personne que je vois, c'est toi.
Elle se laisse choir sur le canapé et
se met à pleurer. Pierre vient la rejoindre en plaçant son bras au tour de ses
épaules.
-Que se passe t-il? Tu as l'air
tellement égarée. Veux-tu que je t'accompagne à l'hôpital?
Hélène continue de pleurer et lui dit :
-Je ne sais plus ce qui se passe.
J'entends des voix et il n'y a personne.
-Est-ce la première fois que cela
t'arrive?
-Non, cela m'est arrivé il y a environ
deux semaines lorsque tu étais parti en voyage.
-Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé?
-Je ne voulais pas t'inquiéter.
-Je comprends, mais en as-tu parlé à
quelqu'un?
-Je suis allée consulter le médecin et
j'ai passé des examens. Cela n'est pas dû au coup que j'ai reçu lors de ma
chute.
-Viens chérie, nous allons voir un
médecin.
Confuse, elle va se préparer. Rendue
à l'hôpital, Hélène passe encore une fois une série d'examens et tous se
révèlent normaux. Son médecin l'invite à consulter un psychiatre. Après
quelques minutes, ils sont assis avec le psychiatre qui écoute attentivement
Hélène. Pierre confirme qu'il était avec elle et qu'il n'a rien vu ni entendu.
Le médecin constate qu'Hélène est affolée, mais quelle n'est pas hors de la
réalité en ce moment.
-Il arrive explique-t-il, qu'après
avoir perdu un membre ou l'usage d'un des sens, que l'on puisse avoir des
réactions de la sorte.
Il lui prescrit donc des médicaments
en lui donnant un rendez-vous dans une semaine. Il demande à Pierre s'il peut
assurer à Hélène une surveillance constante. Pierre le rassure en lui disant
qu'il fera lui-même en sorte qu'elle ne soit jamais seule.
Il y a fort longtemps, qu'Hélène n'a
pas vu son mari se préoccuper d'elle de la sorte. Il lui promet qu'il passera
toutes ses soirées avec elle et que Nadia et les enfants seront à la maison
toute la journée. Cela ne plaît nullement à Hélène, car elle ne pourra plus
voir Paul aussi souvent. "Malgré tout, cela ne durera pas une
éternité" pense-t-elle.
Paul comprendra cette situation.
"D'ici quelques semaines tout au plus, nous reprendrons nos activités «
Dès le lendemain matin, immédiatement
après l'arrivée de Nadia, Pierre se rend voir ses beaux-parents afin de les
informer de ce qui se passe.
-Vous savez, je pense qu'Hélène est
troublée par sa perte de vue mais elle ne veut tout simplement pas l'admettre.
Monsieur et Madame Forest trouvent
cette remarque plutôt étrange... Pas plus tard que la semaine dernière, ils
avaient même trouvé que leur fille rayonnait de joie. Il y avait fort longtemps
qu'ils ne l'avaient vu se comporter ainsi.
-Je sais ajoute Pierre, moi aussi
j'avais remarqué cela. Il faut croire qu'elle en a trop fait et cela a
déclenché chez-elle cet état.
Il leur promet de s'occuper d'elle et
de la surveiller afin qu'il ne lui arrive rien.
Comme prévu, Paul vient la rencontrer.
Elle a besoin de lui parler et ils se rendent donc au restaurant. Il remarque
qu'elle est bouleversée et cela l'inquiète.
-Tu sais que j'ai dû voir un
psychiatre! J'ai entendu d'autres voix et Pierre m'a conduite à l'hôpital.
-Est-ce que Pierre s'est rendu compte
de notre relation?
-Non, mais nous devrons cesser de nous
voir pendant quelque temps.
Étonné, Paul ne comprend plus ce qui
se passe.
-Mais Hélène, tu n'as nullement l'air
d'une psychotique!
-Je le sais, mais j'entendais des
voix. J'étais même certaine, qu'il y avait quelqu'un dans la maison. Pierre
était avec moi et il me confirme qu’il n'y avait personne.
-Mais toi Hélène, que penses-tu de tout
cela?
-Je n'en sais rien. Toutefois, il y a
une chose qui me dérange. à chaque fois que cela m'arrive, je sens toujours le
même parfum. Ce parfum, je le reconnaîtrai partout.
Même si Paul a de la difficulté à
comprendre ce qui se passe, il doit se rendre à l'évidence. Il décide donc de
cesser leurs rencontres pendant quelque temps, jusqu'à ce que tout redevienne
normale.
-Tu sais, tu me manqueras. Tu étais
devenu ma raison de vivre.
-Mais Hélène, ne parle pas de cette
façon. Tu verras, tout s'arrangera et nous pourrons reprendre notre relation.
Je pense que ce n'est qu'une réaction passagère.
Il la reconduit chez-elle et lui
demande de lui téléphoner à n'importe quel moment. Tristes, ils se quittent
comme si c'était leur dernière rencontre.
Les jours qui suivent sont très
pénibles pour Hélène. Elle prend ses médicaments tel que prescrit. Presqu'à
tous les soirs, elle a les mêmes hallucinations. De plus, elle entend des voix
qui s'entremêlent de bruits différents. Lorsqu'elle se lève pour aller dans la
salle de bain ou se rendre dans la cuisine, elle entend rire. Souvent, elle
sent des courants d'air et se penche pour éviter de se faire frapper. Ce
sentiment, elle l'explique comme si un oiseau passait tout près d'elle. à
chaque fois que cela lui arrive, elle hume toujours le même parfum.
Elle n'ose en parler à personne, de
peur de passer pour folle. Pourtant, même si elle se sent toujours dans la
réalité, cela n'est pas normal. Depuis qu'elle est allée à l'hôpital, Pierre
est toujours au foyer à chaque soir. Il ne veut absolument pas la laisser
seule. Hélène se sent en sécurité, mais trouve que les médicaments n'agissent
pas vite. Comme à tous les matins, Pierre lui demande comment elle a passé la
nuit.
-Très bien, lui dit Hélène.
-Tu n'as pas eu d'hallucinations cette
nuit?
-J'en ai encore eu, mais je commence à
m'y habituer. Je crois que les médicaments commencent à faire leur effet, car
il m'arrive seulement d'en avoir à tous les deux jours maintenant.
-Comme je suis content de l'apprendre.
Donc, tout n'est pas perdu. Tu sais chérie, nous allons rencontrer le médecin
aujourd'hui.
-Oui, je le sais.
Ils se préparent donc, car leur rendez-vous
est à dix heures. Arrivés au bureau du psychiatre, celui-ci insiste pour rencontrer
Hélène seule. Elle lui raconte tout ce qui lui est arrivé. Il l'écoute
attentivement. Ensuite, il lui propose de l'hospitaliser. Hélène trouve qu'elle
est mieux chez-elle. Mais si c'est la seule solution, elle s'y conformera. Il
fait donc entrer Pierre et lui explique la même chose, mais ce dernier résiste
à cette proposition.
-Mais docteur, est-ce vraiment
nécessaire? Que penseront les gens si Hélène est admise en milieu
psychiatrique? Je crois, qu'elle est très bien chez-nous.
Il insiste tellement, qu'il réussit à
convaincre le médecin.
-Dans ce cas ajoute-t-il, nous devrons
augmenter sa dose. Cela veut dire, qu'elle devra être sur surveillance continu.
-Ne vous inquiétez pas. Hélène est
très bien surveillée.
Hélène trouve que son mari l'aide
énormément.
-C'est d'accord, ajoute-t-il. Nous la
reverrons dans deux semaines.
Hélène est très contente. De cette
façon, elle pourra continuer à parler avec son amant à tous les jours.
Le matin venu, elle contacte Paul à
son bureau et lui demande s'ils peuvent se rencontrer.
-Viens me rejoindre au même restaurant
que la dernière fois. Nadia m'y conduira. J'ai quelque chose d'important à te
dire.
-D'accord, je t'attendrai à
l'intérieur.
Hélène demande à Nadia de la conduire.
Comme prévu, Paul l'attend. Ils prennent place à une table et lui raconte,
qu'hier en allant à l'hôpital, elle avait senti le même parfum lorsqu'elle est
entrée dans la voiture de son mari.
-Mais Hélène, penses-tu vraiment que
ce soit un coup monté?
-Je sais que tu crois, que je deviens
paranoïaque, mais c'était la même senteur.
Ils commencent leur dîner et tout en
mangeant, Hélène se redresse.
-Paul, regarde qui vient de passer. Le
parfum c'est lui j'en suis certaine.
Il regarde attentivement et voit une
belle jeune femme dans la trentaine qui se dirige non loin d'eux et s'assoit à
une table face à Hélène. Il doit se retourner pour ne pas se faire remarquer.
Il lui décrit cette femme :
-Elle est très jolie, elle a de beaux
grands yeux bruns et est assez grande et mince.
Plus Paul la décrit, plus qu'Hélène
trouve une ressemblance avec la secrétaire de son mari.
-Mais Hélène, si elle était la
secrétaire de Pierre, elle viendrait te parler. Elle te connaît très bien.
-En y réfléchissant bien, tu as
raison. Si c'était elle, elle viendrait me saluer. Mais comme c'est étrange, ce
parfum est le même que je sens à chaque fois que j'entends les voix.
Cela vient créer un doute chez Paul.
Il ne veut pas l'inquiéter, mais il se promet de vérifier cette affaire. Il y a
trop de choses bizarres qui se passent.
-Hélène, est-ce qu'il t'arrive
d'entendre des bruits le jour?
Hésitante, Hélène pense, puis dit :
-Non, jamais le jour. Il m'est
seulement arrivé à une reprise d'entendre frapper à la porte. Lorsque je suis
allée répondre, il n'y avait personne.
Cela commence vraiment à semer un
doute chez-lui. Ils finissent leur repas et profitent de ce moment pour parler
d'eux. Voyant qu'Hélène semble fatiguée, il lui propose d'aller la reconduire.
-Tu sais, ajoute-t-elle, le médecin a
augmenté la dose de mes médicaments et cela m'endort beaucoup.
Paul s'en est aperçu et il constate
même que son visage est très crispé. Il ne lui en fait pas la remarque. Ils
quittent le restaurant et il la reconduit chez-elle. Avant de la quitter, il
veut s'assurer de garder un contact avec elle.
-Hélène, je veux absolument que tu me
téléphones tous les jours. Je veux m'assurer que tout va bien.
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