Trahison

Le retour au foyer

 

Hélène est déjà prête pour sortir de l'hôpital. Ce matin, elle a reçu la visite du médecin qui lui a fait une longue liste de recommandations. La plus importante est de s'assurer, qu'elle ne subisse aucun stress, sinon elle risque de ne plus revoir. Bien entendu, il a insisté pour que Paul la rencontre à tous les jours pendant quelque temps, afin de l'aider à se réintégrer. Les séances de réadaptation sont indispensables. Le médecin n'a pas eu à insister sur cette dernière suggestion.

 

En attendant que son mari vienne la chercher, elle se laisse emporter par ses pensées. "Rencontrer Paul tous les jours, cela n'est pas désagréable. Après tout, il n'est pas si mal. Il a beaucoup changé. Il est toujours souriant et il semble me comprendre. Je me sens bien à l'aise avec lui. Pourtant avec Pierre, c'est si différent. J'ai l'impression qu'il ne m'écoute jamais. La seule chose qui le préoccupe, c'est sa fichue carrière". Soudain, elle entend la voix de Paul.

 

-Bonjour Hélène. C'est le grand départ?

 

Pour un moment, elle croit qu'il a pu lire ses pensées. Elle sent son visage devenir tout rouge.

 

-Est-ce que ma présence te dérange? ajoute-t-il.

 

Elle aimerait bien lui dire qu'elle est très contente de le savoir là. Au lieu, elle lève les yeux en disant d'une voix hésitante :

 

-Non, non je pensais... Je ne t'avais pas entendu arriver.

 

Il se doute qu'elle aime bien sa présence et cherche à la taquiner un peu.

 

-J'ai appris, que tu devras supporter ma présence pendant quelque temps encore. Je viens de recevoir les directives d'aller chez-toi à tous les jours, pendant plusieurs semaines.

 

Elle croit comprendre, qu'il est content de cette situation. D'un air moqueur, elle dit :

 

-Cela t'ennuie de devoir venir chez-moi quotidiennement?

 

-Bien sûr que non. J'espère seulement que tu n'apprennes pas trop vite. Sinon, je devrai te rencontrer moins souvent.

 

Hélène sourit, car elle aussi semble vouloir que les visites se prolongent.

 

-Bon, je vais te quitter maintenant. Dès demain après-midi, je serai chez-toi.

 

-D'accord, je t'attendrai.

 

Avant de la quitter, il lui rappelle qu'elle ne doit subir aucune émotion forte.

 

-Je le sais. Le médecin me l'a précisé ce matin.

 

Il aimerait pouvoir passer un peu plus de temps avec elle, mais il a d'autres patients à voir.

 

-Bon, je vois que tout va très bien. N'hésite pas à me contacter si quelque chose ne va pas.

 

Il la quitte donc. Déjà Hélène a hâte au lendemain.

 

Après quelques heures d'attente, Pierre n'est toujours pas arrivé. Elle téléphone chez-elle. La sonnerie se fait entendre mais personne ne répond. "Mais que se passe-t-il? Nadia devrait être à la maison"! Elle décide d'attendre encore quelques minutes, car il est peut-être en route. Plus le temps passe, plus elle est inquiète et même en colère. "A-t-il oublié que je sortais de l'hôpital aujourd'hui"? Elle trouve l'attente interminable et décide de téléphoner sa mère.

Quelques minutes après, Madame Forest est déjà auprès d'elle. Hélène lui confie :

 

-J'ai téléphoné chez-moi et personne n'a répondu. Nadia devrait pourtant être là avec les enfants.

 

-Veux-tu que je compose le numéro pour toi? Tu t'es peut-être trompée.

 

-Je ne le crois pas car j'ai bien fait attention.

 

Madame Forest recompose et il n'y a toujours pas de réponse.

 

Hélène est contente de constater qu'elle n'est pas si mal à droite, mais elle est inquiète de voir qu'il n'y a personne chez-elle.

 

-Je trouve cela bizarre. D'habitude, il y a toujours quelqu'un.

 

-Nadia est sans doute dehors avec les enfants. La meilleure façon de le savoir, est de s'y rendre immédiatement.

 

-Viens ma chérie, prends mon bras.

 

Ensemble, elles quittent l'hôpital et s'empressent de se rendre directement chez-elle. Rendues à la maison, elles se rendent compte, qu'effectivement il n'y a personne. Hélène imagine le pire. Elle pense qu'il est arrivé quelque chose à l'un des enfants. Elle se prépare à téléphoner partout, mais au même moment, elle entend une voiture arriver.

 

-C'est Pierre dit sa mère après avoir jeté un coup d'oeil par la fenêtre.

 

Rapidement, Pierre se dirige vers la porte d'entrée.

 

-Bon sang, je suis encore en retard!

 

-Mais où étais-tu? lui demande Hélène inquiète. Où sont les enfants et Nadia?

 

-Justement, c'est cela qui m'a mis en retard. Je suis allé les conduire au chalet et je pensais être de retour à temps pour aller te chercher.

 

Hélène ne comprend plus rien.

 

-Pourquoi les avoir emmené au chalet aujourd'hui? J'avais tellement hâte de les revoir.

 

D'une voix calme, Pierre lui explique, qu'il avait cru bon qu'elle soit seule pour relaxer.

 

-Le médecin veut absolument, que tu te repose si tu veux retrouver ta vision.

 

Hélène comprend, que son mari a voulu bien faire. Elle aurait aimé qu'il lui en parle quand même avant. Pierre réalise, qu'il a encore fait à sa tête.

 

-Tu sais chérie, j'irai les chercher à tous les jours. De cette façon, tu pourras te reposer. Qu'en penses-tu?

 

-D'accord, la prochaine fois, j'espère que tu m'en parleras avant de prendre une telle décision.

 

Pierre se rend vite compte qu'il a agit trop vite. Présentement, il est trop tard, le mal est déjà fait. Voulant se faire pardonner, il leur verse chacune une tasse de café, puis prend la valise et va la porter dans leur chambre. Il est aux petits soins avec son épouse.

 

Après avoir discuté de choses et d'autres avec sa mère, Hélène se retrouve seule avec lui.

 

Dès qu'elle se lève pour faire quelque chose, il prend les devant et ne veut pas qu'elle bouge. Hélène aime bien se faire servir, surtout que cela ne lui est jamais arrivé. Par contre, ce n'est pas le moment. Rouge de colère, elle lui laisse savoir que même si elle ne voit plus, elle peut toujours faire ses affaires seule. Elle n'a nullement l'intention de se laisser prendre en pitié. Même si son mari insiste sur le fait qu'elle doit absolument se reposer, Hélène lui fait comprendre qu'elle a besoin de continuer à vivre, comme si rien ne lui était arrivée.

 

Voyant que son épouse est tenace, il acquiesce à sa demande. Les premiers instants lui sont très pénibles. Même si elle connaît très bien sa maison, il lui arrive de se heurter sur les murs ou sur une chaise. Malgré tout, elle ne semble pas trop s'en faire. Sachant que Pierre la regarde aller, elle lui dit que dans une semaine, elle pourra tout faire par elle-même.

 

-Je vais recevoir des cours de mobilité ainsi que de la réadaptation tous les jours. D'ici quelque temps, tu ne te rendras même pas compte que je ne vois plus.

 

-Pourquoi prends-tu tous ces cours? Le médecin nous a dit que si tu te reposais bien et que tu ne subissais pas de stress, tu retrouverais la vue.

 

-Je le sais, mais il ne peut pas prévoire combien de temps cela durera. En attendant, je ne veux pas prendre de chance.

 

-Mais tu veux dire que tu te résignes à ne plus voir!

 

-Pas du tout! Je ferai tout pour guérir. En attendant, je m'ajusterai à cette nouvelle condition de vie.

 

Cette journée se passe assez bien et Pierre passe la soirée avec elle. Ils discutent de choses et d'autres, mais Pierre se surveille pour ne pas parler de son handicap. Il lui promet d'aller chercher les enfants dès demain matin avant de se rendre au travail. De cette façon, ils pourront passer l'avant-midi avec elle. Cela lui fait plaisir. Paul ne vient seulement la rencontrer que l'après-midi. Elle sera donc seule avec lui et elle pourra profiter pleinement de ce temps pour mettre en pratique toutes ses recommandations.

 

Le lendemain matin comme prévu, Pierre va chercher Nadia et les enfants. Hélène vient à peine de se lever que les enfants arrivent. Elle est très contente de les rencontrer. Pierre repart immédiatement pour le travail et lui promet d'être de retour pour le dîner afin de pouvoir les reconduire au chalet. Il vient à peine de quitter la maison, que Sindy arrive.

 

-Bonjour Hélène, comment vas-tu?

 

-Très bien. Je crois que je m'adapterai assez bien à ma nouvelle situation. Mais au fait, que me vaut ta visite de si tôt? Je te connais assez bien pour savoir, qu'il y a quelque chose qui ne va pas comme tu le veux. Tu as l'air préoccupée.

 

-Tu as raison. Je ne peux presque rien te cacher. Eh bien oui, je suis venue t'aviser, que je quittais le pays pour quelques mois.

 

-Est-ce que tu quittes pour des compétitions?

 

-Non, pas vraiment. Tu te souviens lorsque je t'ai dit qu'il m'arrivait à moi aussi de pleurer et qu'un jour tu saurais tout sur moi et bien, cela est en partie la cause de mon départ. Pour l'instant, je ne peux pas t'en dire davantage.

 

-Mais Sindy, j'espère que tu ne t'es pas embarquée dans une histoire de drogue!

 

-Non, mais c'est presque aussi grave, sinon pire.

 

-Bon sang reprend Hélène, est-ce qu'il y a quelque chose que je puisse faire pour toi?

 

Sindy est très triste. Elle prend Hélène par le cou et se met à pleurer.

 

-Je ne peux rien te dire pour le moment. Surtout, je ne peux pas te dire où je vais. J'essayerai de te donner de mes nouvelles d'ici peu. Fais bien attention à toi. J'espère que tu retrouveras la vue prochainement.

 

-Mais Sindy, tu peux me faire confiance si tu as des problèmes... Tu peux m'en parler et je ferai tout pour t'aider.

 

-Je sais que je peux compter sur toi. Cette fois-ci, je dois m'en sortir par moi-même.

 

Elle l'embrasse sur la joue et se dirige rapidement vers sa voiture. Hélène demeure bouche bée. Elle ne sait plus quoi penser. "Mais que puis-je faire? Sindy semble en sérieuse difficulté". Soudain, elle pense à Jack.

 

-Nadia, Nadia veux-tu me trouver le numéro de téléphone de Jack s'il te plaît? Il se trouve dans mon carnet juste à côté du téléphone.

 

-Le voici madame. Je vais composer pour vous, d'accord?

 

-Bonjour Jack, c'est Hélène.

 

-Mais comment allez-vous?

 

-Moi ça va, mais je crains pour ma meilleure amie. Vous, vous souvenez de Sindy, je crois qu'elle a un sérieux problème. Elle vient à peine de me quitter et je suis très inquiète.

 

Elle lui raconte tout ce qui s'est passé et lui demande s'il pouvait la faire suivre.

 

-Ne vous inquiétez pas, je vais la suivre moi-même. De cette façon, je serai plus rassuré.

 

Hélène soupire. Elle est soulagée, que Jack s'occupera lui-même de cette enquête. Il lui inspire tellement confiance. Elle passe donc le reste de l'avant-midi avec les enfants, mais pense souvent à Sindy.

 

Cette journée a été très chargée pour Hélène. Elle a reçu la visite de ses enfants, de Sindy et de Paul. Malgré tout, elle ne se sent pas fatiguée. Paul a passé une partie de l'après-midi avec elle et elle a apprise comment se déplacer seule dans la maison sans se heurter à chaque fois sur un objet. Elle a bien du plaisir à pratiquer ces techniques. Toutefois, Paul a remarqué assez vite qu'Hélène était préoccupée. Ils se sont assis et elle lui a raconté ce qui s'était passé avec Sindy. Paul semblait inquiet lui aussi.

 

Après quelques semaines de pratique avec lui, Hélène peut maintenant s'organiser assez bien. Ils décident donc d'espacer leurs rencontres. Afin de combler ce vide, elle a demandé à son père s'il pouvait l'aider à monter à cheval. Elle aimerait faire une promenade, car c'est cela qui lui manque le plus. Cela éveille de bons moments passés ensemble. Son père est devant et tient les guides de son cheval. Elle adore se promener de la sorte et ils se promettent de recommencer aussi souvent qu'elle le voudra.

 

Bien entendu, elle ne chevauche pas le cheval le plus rapide, mais elle se contente de celui qui est le plus âgé et par le fait même, le plus sécuritaire. Après quelques randonnées, elle peut conduire seule son cheval, puisque ce dernier connaît très bien les sentiers. Son père l'accompagne toujours. Maintenant, il lui arrive de la suivre en arrière.

 

Malgré tout ce qui lui est arrivé, Hélène semble heureuse. Bien entendu, tout est centré sur son handicap, ce qui lui fait oublier que son mari consacre beaucoup de temps à son travail. Cela ne semble plus la déranger maintenant. Au contraire, elle commence à aimer sa solitude.

Suite la semaine prochaine

Copyright © 1997- Trahison

Powered and Generated by G1Script.Com