VOIR AVEC LES YEUX DU CŒUR

La pré réadaptation

Chapitre 3 (page 1)

Au Canada, toute personne qui a dix pour cent de vision et moins, est considérée inapte au travail. Donc, afin de recevoir des services, elle doit être enregistrée auprès de l'institut national canadien pour les aveugles. Je ne fus donc pas épargné. Je reçus un appel téléphonique de leur part. On me demandait de leur rendre visite à leur bureau.

A ce moment-là, j'avais encore une bonne vision centrale. Je fus bouleversé en apercevant cet homme, assis derrière un bureau, ses yeux, qui ne suivait pas les mouvements de sa tête. A l'intérieur de la pièce, aucune lumière n'était allumée. Le décor de son bureau était très sombre et sans vie. On sentait une tristesse profonde qui se dégageait de cette atmosphère. Malgré le décor de mauvais goût, cet homme sut m'inspirer une confiance et une sérénité inexplicables. Les années qui suivirent me donnèrent l'opportunité de le connaitre davantage. C'est lui qui amorça mon nouveau départ et qui me conseilla d'entreprendre une nouvelle carrière.

Heureusement que mes parents m'avaient appris qu'il ne fallait jamais lâcher et s'apitoyer sur son sort! Il faut foncer, toujours foncer, si on ne veut pas sombrer dans des dépressions insurmontables. C'est ce que je fis. Une réadaptation veut dire bien des choses.

Comme je l'ai mentionné précédemment, je conduisais toujours ma voiture. Mon épouse, pour sa part, n'était nullement intéressée à conduire à ce moment, notre fille unique requérait des soins particuliers à Montréal et nous devions nous y rendre assez souvent pour le suivi d'usage. Je devais donc moi-même conduire la voiture. Pourtant, vint le jour où ce fut avec peine et misère que je fis le trajet. Inquiète, mon épouse entreprit donc la tâche ardue d'apprendre à conduire.

Après plusieurs mois d'efforts, elle finit enfin par obtenir son permis de conduire. A partir de ce jour-là, je n'ai plus conduit ma voiture. Au fil des ans, je perdis graduellement la vision. Je dus donc m'habituer à mon nouveau style de vie. De jour en jour, je perdis mon indépendance et je devins complètement dépendant des autres, surtout de mon épouse. Je dus alors développer la vertu de la patience. Surtout que j'étais habitué à faire toutes sortes de travaux moi-même. Je devais alors être beaucoup plus prudent pour ne pas froisser les autres.

Depuis ma petite enfance, je rendais service aux autres et j'aimais bien cela. J'ai toujours su me valoriser par le travail, mais voilà que la retraite cognait déjà à ma porte. J'éprouvais de la honte face à mon retrait du marché du travail. De plus, certains de mes amis et d'autres gens jaloux se plaisaient à dire que je faisais semblant d'avoir un problème de vision pour obtenir des prestations d'assistance sociale.

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