Une énorme bosse orna en peu de temps mon front. Je n'eus même pas la réaction de corriger mon chien-guide. Et il était trop tard! Car une correction, pour qu'elle soit efficace, doit être administrée dans les dix secondes qui suivent l'incident.
Mon entraîneur, qui me suivait de très près, vint à mon secours. Il m'informa que les jour qui suivraient seraient déterminants quant à la qualité du service que mon chien pourrait m'offrir. Selon lui, Tina en était à sa période de vérification. Et oui, le chien voulait tester mes réactions. Ce jour-là, je ne réussis pas à avoir confiance en elle. De plus, je développai une phobie des parcomètres.
Heureusement, les jours qui suivirent ne furent pas trop pénibles. Peut-être Tina avait-elle- senti ma colère? Elle s'essaya encore à une autre reprise, mais cette fois, je frappai une autre personne. Cette fois-là, je lui montrai que je voulais être le maître. A partir de ce jour-là, nous fîmes une très belle équipe. Peu de temps après, je pris cette canne blanche qui me faisait tant honte et je la jetai dans la poubelle. J'avais enfin acquis une indépendance presque parfaite.
Depuis lors, je sentis que l'attention des gens à mon égard changeait énormément. Lorsque je me promenais jadis avec ma canne blanche, les gens ne me parlaient pas. Ils me regardaient aller et attendaient que je me butte sur un objet pour ensuite venir l'enlever de ma route. Ce que j'avais envie de les insulter alors! Il m'est déjà arrivé de ne pas pouvoir me contrôler. Ainsi, un jour, je me suis frappé le genou sur une voiture qui était stationnée sur le trottoir. J'étais tellement fâché que je cassai les lumières avant et arrière de cette voiture avec ma canne blanche. Une autre fois, je suis revenu sur mes pas après m'être frappé sur une bicyclette qui avait été abandonnée sur le trottoir. Furieux, j'ai marché sur les roues pour les endommager un peu.
Eh bien oui, à partir du moment où j'ai eu mon chien, les gens étaient attirés par Tina. Elle effectuait un travail fantastique et elle était fort belle. Beaucoup de gens ne semblaient plus porter attention à mon handicap et venaient me parler. Ce fut un réel changement dans ma vie sociale. Ainsi, dès mon arrivée à l'Université pour terminer ma quatrième année, les étudiants étaient toujours auprès de nous. Souvent je devais même m'excuser pour être en retard à mes cours.
J'avais retrouvé une bonne partie de mon indépendance, mais je dus lutter encore très fort pour faire respecter les droits des handicapés qui sont accompagnés d'un chien-guide. Il m'arriva souvent de me faire refuser l'accès à un établissement public, Mais après une explication de l'article de la loi portant sur les chiens-guides, on nous laissait entrer. Je dus avoir recours à la Commission des droits de la personne à une reprise car le propriétaire d'un appartement me refusait un loyer à cause de mon chien. Je l'ai avisé qu'il n'avait pas le droit de nous refuser ce loyer, mais il ignora la loi. J'ai d'ailleurs intenté des poursuites contre cet individu et bien entendu, j'ai gagné ma cause. La publicité qui a entouré cette affaire fut très positive, car aucun autre commerce ne m'a refusé l'accès à leur établissement par la suite.
Mon chien et moi fîmes une très bonne équipe pendant six années. Je dus m'en séparer car il fut diagnostiqué comme étant épileptique. Je le gardai encore une année. Mais malgré les soins médicaux qu'on lui prodigua, il n'était plus fiable et me mettait en péril. En obéissant aux conseils de notre vétérinaire et des directeurs de l'école de chiens-guides, je m'en séparai donc. Puis, je fis les démarches pour un chien-guide dans une école au Canada car on pouvait maintenant se procurer un chien-guide au Québec. Je fréquentai donc cette école et je fais maintenant équipe avec un Labrador màle tout blanc, nommé Lobo.
Ouff! Ouff! Ouff!
Mon maître a gardé Lobo pendant douze années et depuis l’an, 2000, c’est moi Suède qui est son guide préféré. Ouff! Ouff! Ouff!