Nous qui devions marcher une dizaine de milles l'avant-midi et l'après-midi, cela en faisait des changements de vêtements!
Je rêvais depuis des mois de connaître mon premier chien-guide. J'avais hâte. Mais j'étais aussi réticent à faire sa connaissance, car j'avais peur que nous ne puissions pas nous entraider. Immédiatement après le déjeuner, nous dûmes nous entraîner en suivant l'instructeur qui portait un harnais lui-même. Nous devions apprendre à arrêter aussitôt qu'il s'arrêtait, puis nous devions lui donner les ordres de tourner vers la gauche ou vers la droite.
Nous pratiquâmes ces techniques à tour de rôle jusqu'à ce que nous les maîtrisions tous. Il y avait trois classes de bénéficiaires et chacune comptait sept étudiants. Après avoir bien pratiqué comment suivre un chien-guide, on nous informa que nous allions recevoir nos chiens dans l'après-midi. A partir de ce moment-là, nous devions être avec eux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Bien que le dîner fut excellent, j'eus de la difficulté à manger. Je réalisai que j'étais sur le point de faire connaissance avec l'être que j'attendais depuis longtemps.
Vers deux heures de l'après-midi, nous fûmes tous réunis dans une salle de conférence. Les entraîneurs semblaient très nerveux. Soudain, ils partirent chercher les chiens. Ce que l'attente fut longue! Environ une demi-heure plus tard, nous entendîmes des bruits de pas dans le corridor. Soudain, la porte s'ouvrit. Quel vacarme! Ils lâchèrent les chiens et ceux-ci se mirent à courir tout autour de nous.
Je pus enfin en flatter un. Mais de l'autre côté, j'avais un peu peur. Ce manège dura quelques minutes, puis l'entraîneur me tendit une laisse et l'attacha à mon futur chien-guide. C'était un labrador noir. Il était très mince et il avait de très belles oreilles veloutées. C'était une femelle et elle s'appelait Tina. Elle était très timide et très sensible.
Il nous fallut plusieurs jours pour nous habituer l'un à l'autre. Je trouvai cela très difficile. Ètre rejeté par un animal, cela donne tout un coup à votre orgueil. Finalement, après plusieurs jours d'efforts, je sentis qu'elle commençait à m'accepter. Ce fut très pénible! Les entraîneurs voulaient que je sois plus ferme, mais moi je voulais que Tina m'accepte. Il n'était donc pas question que je sois ferme avec elle. Que j'ai dû payer pour ça!
Elle me connaissait déjà mieux que moi-même. Elle savait qu'elle pouvait facilement me contrôler. Oui, j'ai dû payer le prix et j'ai vite changé d'avis à son égard. Elle voulait voir jusqu'où elle pourrait aller avant que je me mette en colère. Jusqu'au jour où elle me fit un sale tour.
Pour la première fois, je goûtais la liberté de pouvoir me déplacer seul. Aussi, lorsque je marchais avec mon chien, je jouissais de ce sentiment d'indépendance. J'étais très décontracté. Le harnais en main, je m'appliquai à suivre exactement ce que le chien faisait. Je sentais qu'il y avait beaucoup de gens sur les trottoirs et qu'une confiance se dégageait de ce beau chien-guide. Inutile de préciser que je perdis vite cet enthousiasme lorsque je me frappai de plein fouet sur un parcomètre. Je tombai sur le derrière, le nez tout ensanglanté.
Ouff! Ouff! Ouff!
Tant pi pour lui, nous les chiens-guides on se tient et nous voulons savoir jusqu’où nous pouvons aller. Ouff! Ouff!Ouff!