Voir avec les yeux du coeur.

La chirurgie

Chapitre 15 (page 2)

J’avais la chair de poule et je tremblais comme si j’avais froid. Je ressentais un serrement au cœur et j’avais envie de pleurer. Je crois que je l’ai fait car je sentis des larmes couler et te pansement devint humide. Les jours qui suivirent me permirent de m’ajuster à cette lumière car, à chaque fois que je devais aller dehors ou passer à cet endroit, je prenais soin de mettre mes deux mains sur mes yeux, le temps qu’ils s’ajustent à la lumière.

Comme il y avait déjà plusieurs années que je ne percevais plus aucune lumière, je ne trouvai pas trop difficile de me faire conduire par un guide, ni d’avoir ce bandeau aux yeux pendant sept jours. Mais les autres patients, eux, trouvaient cela très difficile et il était comique de pouvoir remarquer l’incertitude chez les guides et les patients eux-mêmes. On pouvait remarquer que personne n’avait reçu de méthodes de réadaptation en mobilité.

Mon épouse et moi étions habitués à marcher ensemble. Elle marchait à ma gauche et je lui tenais le bras droit avec mon bras gauche. C’est très simple de marcher de la sorte car je n’ai qu’à suivre le mouvement de la personne qui se trouve légèrement en avant de moi. C’est assez facile de voir si elle va descendre les marches ou les monter. En regardant les autres, ma femme ne put que sourire, car les autres patients devaient suivre le guide en plaçant les mains sur ses épaules. Quel drôle de spectacle!

Bien entendu, la plupart d’entre eux savaient que ça ne durerait que sept jours et qu’ils reprendraient ensuite où ils en étaient avant leur chirurgie. Pour nous, ce n’était nullement le cas. Je n’avais pas eu la chance comme eux, de profiter de ce traitement lorsqu’il en était encore temps, c’est-à-dire avant de perdre complètement l’usage de la vue. Il était peut-être trop tard pour moi, mais l’avenir allait me le dire.

Les jours qui suivirent nous parurent plus longs car la routine s’installa. Arriva enfin le moment que j’attendais depuis déjà longtemps, c’est-à-dire le moment d’enlever les pansements. Je me rendis donc à la pharmacie pour acheter des lunettes de soleil très noires comme l’ophtalmologiste me l’avait suggéré. Puis nous nous dirigeâmes vers le bureau du médecin. Comme d’habitude, nous dûmes attendre plusieurs minutes avant que ce soit notre tour.

Finalement, après avoir imaginé toutes sortes de choses, on vint nous chercher. Je crus alors que j’allais pouvoir sortir du bureau en me guidant moi-même, que je regarderais tout le monde et que j’essaierais de les reconnaître, que je verrais mon épouse après tant d’années pour constater qu’elle n’avait pas changé du tout. Enfin, en passant devant un miroir, je m’apercevrais là aussi que moi non plus je n’avais pas changé. Ce n’était qu’un mauvais rêve, rien de plus.

J’entrai donc dans le bureau où deux spécialistes m’attendaient Ils me firent asseoir, commencèrent à enlever mes pansements et me demandèrent d’essayer d’ouvrir moi- même les yeux. Ce fut difficile, car ils étaient un peu enflés. Je les refermai aussitôt. L’un d’entre eux m’ouvrit les yeux à l’aide de ses doigts et me fit la remarque qu’ils paraissaient très bien. Il m’informa également que j’allais recevoir des compresses d’eau froide pendant quelques jours et que je commencerais alors à voir des lumières. Il m’expliqua également que c’était très important pour moi de porter les lunettes de soleil afin d’empêcher la lumière de détruire certaines particules dans mon oeil. Il semble que la lumière soit très néfaste pour les gens qui souffrent de rétinite pigmentaire. Je m’efforçai donc de suivre à la lettre tout ce qu’ils me conseillaient.

 

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