VOIR AVEC LES YEUX DU CŒUR

La réadaptation à St Jean

Chapitre 4 (page 2)

Après quelques minutes à peine de solitude, elle vint me chercher pour me présenter aux autres résidents et pour me faire visiter les lieux. C'était un édifice bâti en forme de "H"; un côté était réservé aux résidents mâles, l'autre aux résidantes de sexe féminin. Au centre, on trouvait la chambre de la directrice. A côté, il y avait le salon où se trouvait la télévision, un système de son et plusieurs chaises assez confortables.

Au centre de la bâtisse se trouvaient les escaliers et la sortie. Je fis donc la connaissance de gens assez bizarres. Non seulement on hébergeait des handicapés visuels, mais également des gens qui avaient des problèmes de santé mentale. Je me retrouvai donc dans un milieu anglophone avec des aveugles, avec des personnes impulsives et maniaco-dépressives et avec des gens ayant des personnalités multiples. Ce que je voulais retourner chez-moi! Malheureusement, le train ne passait que dans vingt-quatre heures.

Je fis alors la connaissance d'un jeune homme et d'une jeune femme, eux aussi inscrits au programme de réadaptation. Ils venaient de perdre la vue, tout comme moi. Après m'être rendu compte qu'ils souhaitaient eux aussi s'en aller, je me sentis un peu rassuré.

Dès le lendemain, nous fimes la connaissance de nos professeurs. On nous fournit alors l'horaire des cours et nous commençâmes les sessions aussitôt. On nous raconta l'histoire intégrale de l'Institut national canadien pour les aveugles. A l'aube de ma nouvelle vie, le fait de savoir comment les services pour les aveugles avaient commencé ne m'intéressa guère. J'ai cependant aimé certains cours plus que d'autres.

Pendant les six semaines qui suivirent, j'appris à écrire avec une machine. Je reçus également un cours sur la mobilité, sur le braille et sur le traçage.

Je pense cependant que je n'étais pas prêt pour ce programme de réadaptation, car je n'en ai pas profité pleinement. Il faut dire que les professeurs ne savaient pas nous motiver.

Les cours de dactylo et de braille étaient offerts par des personnes complètement aveugles qui semblaient tannées de donner ce cours. Le cours de dactylo, par exemple, était donné sur une base individuelle. Et j'ai vite appris qu'elle voulait que je fasse claquer les clés lorsqu'elle lisait, alors je frappais n'importe quelle clé pour respecter le rythme. Je relisais la phrase car j'avais une bonne mémoire. Nous n'avons même pas eu d'examen final.

Bien entendu, je réussis tous les cours sans problème. Ce fut de même avec le cours de braille. Si le professeur nous avait demandé de porter un bandeau, j'aurais été forcé d'apprendre et de développer mon sens du toucher. Elle nous demanda seulement de lire ce qu'il y avait sur la page. Lorsqu'on voit, il est très facile d'apprendre le braille. Je lisais donc couramment. Mais lorsque je perdis complètement la vue, ce fut différent.

En général, ce cours ne servait à rien. Peut-être servait-il à protèger l'emploi de certaines personnes tout simplement. Il était temps qu'ils revisent le contenu des cours. Quelques années plus tard, ils vendirent l'édifice. Le programme, pour sa part, est présentement offert dans le milieu de chaque handicapé, ce qui profite davantage à la personne qui souhaite se réadapter.

Je ne peux pas dire que ce programme ne m'ait rien apporté. Étant donné qu'il n'y avait que très peu d'activités, j'ai dû, pour passer le temps, faire de la course. Cela m'a valu de participer aux olympiques spéciaux pour handicapés. Je gagnai donc une médaille d'or au "goal ball" jeu d'équipe pour les aveugles et une médaille d'argent au javelot.

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