VOIR AVEC LES YEUX DU CŒUR

La réadaptation à St Jean

Chapitre 4 (page 1)

Après avoir subi toutes ces frustrations, l'INCA me proposa d'aller suivre un cours en réadaptation. Ce cours devait m'apprendre à utiliser la canne blanche pour les aveugles, à lire en utilisant le braille et à travailler le cuir pour réussir certains petits travaux. Je me sentis alors très démuni. J'avais toujours l'image de l'aveugle type véhiculée par la télévision. Pour moi, tous les aveugles jouaient de l'accordéon alors que les gens leur lançaient de l'argent dans un chapeau. J'en étais rendu là moi aussi. Je me voyais entrain de, jouer de la musique avec des verres fumés très noirs recouvrant mes yeux. Et les gens eux, jetaient des pièces de monnaie à mes pieds par charité ou par pitié.

Les démarches se firent très, vite. En peu de temps, j'étais inscrit au programme et je partais pour une ville, qui m'était jusqu'alors inconnue. Je partis donc en train, seul, pour la ville de Saint-Jean. Quelques heures plus tard, je débarquai dans une ville complètement anglophone. Étant encore capable de me guider tout seul, on ne pouvait pas deviner que j'étais aveugle ou que j'étais en voie de le devenir.

J'attendis donc à la sortie que quelqu'un vienne me chercher. Mais personne ne se présenta. Je pris un taxi. Heureusement que j'avais en ma possession l'adresse où je devais résider pendant mon séjour. Je fis donc le trajet avec d'autres inconnus. Tous ces gens parlaient anglais. Bien que je comprenais l'anglais un peu, je ne pouvais pas suivre une conversation entre plusieurs personnes. Après avoir parcouru quelques milles, le chauffeur reçut un appel radio. On lui demanda s'il y avait à bord un handicapé visuel. Je fondis de honte lorsque je me rendi compte que c'était vraiment moi qu'ils cherchaient. quelle expérience traumatisante! Je ne me suis pas encore habitué à cette idée, bien que je sois maintenant complètement aveugle. Heureusement que ma canne blanche et mon chien-guide parlent pour moi.

Le taxi s'arrêta donc quelques minutes, puis on sortit mes valises pour les mettre dans une autre voiture. A l'avant se trouvait une jeune femme un peu plus âgée que moi. Elle portait des lunettes fort épaisses. Lorsqu'elle se passa une feuille tout près de ses yeux, elle lança:

-M. Arseneau, je suppose.

Quelques minutes plus tard, la voiture s'arrêta devant un grand édifice à deux étages assez bien entretenu. J'aperçus alors le drapeau Union Jack des Anglais. Je descendis de la voiture, pris mes deux valises et suivis cette dame qui me donnait l'impression d'être une vieille fille endurcie et très sévère.

A l'intérieur, je fis face à des marches qui descendaient au sous-sol et à d'autres qui montaient au deuxième étage. Nous prîmes donc celles qui montaient et j'aperçus des gens qui marchaient avec des cannes blanches et d'autres qui longeaient les murs. Elle me présenta à quelques-uns d'entre eux et me conduisi à ma chambre.

C'était une petite chambre de huit pieds par six pieds environ. Il y avait un lit, un bureau avec une lampe et une petite garde-robe.

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