Voir avec les yeux du cœur
Chapitre 11 page 3
- Au fur et à mesure que les journées passaient, je sentis ma tête
fonctionner comme une caméra qui déroule un film. En plus de devoir me mettre à jour avec la nouvelle information et de continuer à suivre les clients, je devais continuellement essayer d’apprendre les fonctions de cet ordinateur.
Je me rendis compte que quelque chose n’allait plus, car j’étais toujours sur la défensive. Je ne voulais plus entendre parler d’autres changements et mon humeur changeait continuellement, jusqu’au point où je commençai à éprouver du ressentiment. Et bien entendu, les symptômes de découragement, de perte d’intérêt, de sommeil et de difficulté à manger apparurent. Ce qui m’effrayait le plus, c’est que j’avais peur d’avoir peur. Même que j’avais arrêté de prendre des marches avec mon chien-guide car j’avais l’impression que les voisins me regardaient lorsque je passais. C’était un enfer terrible! Je n’en pouvais plus.
Un jour que j’étais au travail, je sentis une pression à la tête. Je me mis en colère et je téléphonai à mon épouse pour qu’elle vienne me chercher. C’en était assez! Je n’étais plus fonctionnel Je décidai donc de quitter mon travail. En sortant, mon épouse, qui s’était rendue compte que ça n’allait plus, me suggéra d’aller consulter un médecin. Je n’avais même plus la force de décider quoi que ce soit et je lui dis:
-Emmène-moi où tu veux.
Je me sentais battu par les événements. Tout au long du trajet en voiture, je tins la poignée de porte à deux mains, car mon cerveau me disait de me jeter en dehors, même si j’avais peur de me faire mal. Je ne voulais pas sauter et c’était presque incontrôlable. Je serrai la poignée si fort que j’étais trempé de sueur. J’étais donc en crise de folie complète. Je ne contrôlais plus mes idées. Les seules pensées qui étaient présentes se déroulaient à une vitesse incroyable. Pas moyen de voir du positif!
Je me rendis donc consulter un médecin. Celui-ci voulut m’hospitaliser, mais pas question. Je connaissais tous ces gens. C’était avec eux que je travaillais. Moi qui travaillais dans le domaine de la santé mentale, je n’avais même pas réussi à prévenir ce qui m’arrivait. Il n’était donc pas question que je sois soigné par ici. Suivre un médecin était correct, mais pas question d’être admis dans cet hôpital. Je ne voyais même pas l’idée d’être hospitalisé dans la province, car mon travail m’avait emmené à avoir des rencontres inter-agences.
J’avais déjà eu la chance de parler à d’autres professionnels qui avaient expérimenté un déséquilibre émotionnel et ils s’étaient fait rejeter par leurs confrères de travail. Je le savais et je m’en rendis bien compte par la suite. Bien entendu, si j’avais eu une attaque cardiaque ou si j’avais développé un cancer, j’aurais reçu des fleurs ou encore j’aurais reçu leur visite. Mais ce n’était pas le cas et je ne faisais pas exception à la règle.
Mon médecin traitant fut très compréhensif. Il s’assura que je serais accompagné en tout temps au foyer, le temps que les médicaments prescrits commencent à faire effet. Les deux mois qui suivirent, je dormis de douze à seize heures par jour. J’étais épuisé, je n’avais plus d’intérêt pour rien et tout me semblait une montagne à escalader.