Voir avec les yeux du coeur
Chapitre 12 page 2
Après avoir examiné ces données, je communiquai à nouveau avec le Consulat et je leur demandai ce que je devais faire pour entrer en communication avec eux. Ils m’ont donc suggéré de leur faire parvenir un rapport médical concernant ma maladie et expliquant tout ce qui s’était passé depuis le début de ma maladie.
Comme vous pouvez vous l’imaginer, ce ne fut pas sans difficultés que j’obtins ce rapport. En premier lieu, le spécialiste qui m’avait suivi tout au long de la période de ma perte de vision, n’était nullement d’accord pour envoyer un rapport de mon état de santé à Cuba. Il était tout à fait contre tous les traitements pour cette maladie Je dus donc essayer de contourner cette personne qui, parfois, se prenait pour un Dieu. J’allai donc consulter mon médecin de famille et je lui demandai s’il pouvait me référer à un autre spécialiste pour une réévaluation. Ce ne fut pas un problème et j’obtins un rendez-vous un mois plus tard.
Quelques semaines après, j’étais en possession de ce document et je m’empressai de le faire parvenir au bureau du Consulat. Le tout avait commencé en avril 1991 et il nous fallut s’armer de patience. En effet, nous ne reçûmes la réponse qu’en juillet suivant. En attendant, nous vécûmes plusieurs moments très angoissants, car tout dépendait du dommage subi par la macula depuis ces dernières années. Vous savez, cette macula mesure seulement un douzième de pouce et se situe au bout de la rétine. Elle a comme fonction de saisir la lumière. Donc, si cette partie est détruite, c’en était fini pour moi. Plus question d’avoir un espoir quelconque.
Finalement, je reçus une réponse qui disait seulement qu’ils pouvaient pratiquer le traitement et que j’étais un bon candidat. Au moment où je reçus cette réponse, je sautai de joie. Plus rien ne pouvait m’empêcher d’aller recevoir ce traitement
Bien entendu, je commençai à vérifier si le ministère de la Santé allait défrayer tes dépenses du traitement. Mais, étant donné que ce traitement se donne dans un pays communiste et qu’il y avait un embargo contre ce pays, je ne trouvai aucune sympathie de la part des médecins ainsi que du ministère de la Santé. Je dus donc envisager d’autres solutions. Celle qui s’offrait à ce moment était de quitter mon emploi pour retirer l’argent que j’avais investi dans un plan de retraite. Mais quitter un emploi que vous aimez et subir un traitement pour n’obtenir que très peu de progrès exigeaient du temps de réflexion. J’avais bien d’autres options, comme celle de faire un prêt. Mais je ne connaissais pas l’avenir et cela m’effrayait.
Après quelques semaines de réflexion, je me rendis compte que cette première solution ne faisait pas de sens. Je commençai à regarder dans d’autres directions, puis, nous optâmes pour une campagne de levée de fonds. Les mois qui suivirent furent donc très mouvementés. Nous avions formé un comité et les représentants étaient très actifs, donc il nous fallait, mon épouse et moi, travailler continuellement. Rendu au moment du départ pour ce pays, nous étions épuisés physiquement. Toutefois, nous étions fiers d’avoir réussi à recueillir le montant nécessaire pour défrayer les dépenses de ce traitement.
Afin de pouvoir recueillir cette somme, nous devions faire beaucoup de publicité. Cela créa bien du stress, car avant même de vérifier quoi que ce soit, plusieurs personnes se plaisaient à démolir ce traitement. Bien entendu, nous avions vérifié la validité de ce traitement. Et lorsqu’on doit vivre dans la noirceur totale, c’est nous qui avons à faire face aux problèmes et non les autres. Je réalisai alors que beaucoup de personnes s’avouent vaincues avant même de faire des efforts. Ce n’était pas ma façon de faire. Cette fois encore, malgré les commentaires négatifs de certains gens, nous poursuivîmes cette idée jusqu’au bout.