Voir avec les yeux du coeur

Chapitre 17

Les semaines suivantes

En quelques semaines, je recommençai à vivre. A tous les jours, j’avais hâte de me réveiller pour voir la clarté du jour entrer par les fenêtres. Je n’avais donc plus besoin de regarder mon cadran en braille pour savoir si nous étions le matin ou encore en pleine nuit. J’avais également hâte qu’il neige car je n’avais plus besoin de fermer le moteur de la souffleuse à neige pour m’orienter. Il me suffisait de m’orienter sur les lumières qui se trouvaient au chemin et sur ma maison. C’était très intéressant pour moi, surtout que je demeure en campagne et qu’ il faut souvent attendre plusieurs minutes avant qu’une voiture ne passe.

Depuis que j’ai retrouvé ce degré de vision, au lieu de me prendre trois heures pour déblayer ma cour, une heure et demie me suffit amplement. Ce sont ces petits avantages qui me permettent de jouir pleinement de la vie.

Comme ce traitement n’était pas encore connu au Canada, j’ai utilisé les médias pour informer ceux qui souffrent de cette maladie et qui souhaitaient en profiter pour garder un degré de vision acceptable. Plusieurs gens intéressés ont communiqué personnellement avec moi. Et même si on m’avait conseillé de me reposer, je sentis que je devais partager cette information avec autrui.

Bien entendu, cela ne fit pas l’affaire de tout le monde. Plusieurs organisations se sont senties menacées, tels certains ophtalmologistes, recherchistes de la rétinite pigmentaire et, chose curieuse, l’Association de la rétine qui est formée de gens souffrants de cette maladie. Je me permets de dire qu’ils se sont sentis menacés car ils ont avancé des choses qui n’étaient pas fondées. Par exemple, comment oser dire aux médias que plusieurs gens du Canada avaient eu des pertes de vision suite à ce traitement et que cette recherche n’était pas basée scientifiquement?

Le plus curieux, c’est que j’étais le premier et le seul Canadien à avoir reçu ce traitement. Aussi, j’avais invité certains spécialistes à venir voir sur place ce qui se passait, mais tous ont refusé. Certains m’ont même accusé de travailler pour les Cubains. Il me semble qu’avant d’aviser les gens souffrant de cette maladie que ce traitement n’est paefficace, il aurait été normal qu’ils aillent eux-mêmes vérifier sur place le genre de traitement que l’on dispensait. Ce qui me choque, c’est que plusieurs handicapés visuels continueront à perdre la vision jusqu’à en devenir complètement aveugles. Avant que les scientifiques acceptent que les Cubains sont plus avancés qu’eux dans ce domaine, il sera trop tard pour nombre d’entre nous.

De toute façon, je suis satisfait d’avoir réussi à transmettre cette information aux gens intéressés et à ceux qui, comme moi, n’attendent pas l’approbation des autres avant de poser un geste concret. En fait, il est très difficile pour des gens qui ne sont pas menacés par l’obligation de vivre complètement dans la noirceur de comprendre l’importance de donner espoir à ces malheureux.

En fait, au lieu de condamner certains traitements pour le seul plaisir de le faire, ne serait-il pas plus simple d’en aviser les personnes intéressées et de tout faire pour aller sur place afin de vérifier les résultats. A mon avis, ça rendrait les choses beaucoup plus simples. De toute façon, je songe déjà à y retourner car je suis le seul maître de mes décisions. Il y a bien longtemps que j’ai appris que j’étais le seul à décider de mon bonheur. ,

 

 

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