Une vie à raconter
Chapitre 10 page 3
Comme je vous l’ai déjà mentionné, mon ami et moi, nous avions construit un camp. Pendant la construction, il ne nous était arrivé aucun incident. Ce jour-là, nous étions sur le toit et nous finissions à peine d’attacher notre dernière planche. Mon ami était tout le temps en bas, car il coupait les planches alors que je les attachais. Étant donné que c’était la dernière planche, il prit un marteau et vint me donner un coup de main.
Je devrais plutôt dire un coup de marteau, car c’est ce qui s’est produit. J’en étais à mon dernier clou. Je mis mon doigt sur le clou comme d’habitude pour m’orienter, mais mon ami ne vit pas mon doigt. Il le frappa avec son marteau et celui-ci se mit à saigner abondamment.
Mon ami paniqua. Voulant aller chercher un diachylon dans la voiture, il sauta sur l’echafaud, puis sur le bout de la planche qui s’y trouvait. Aussitôt, il reçut celle-ci en plein front. Il tomba en bas de l’echafaud avec un clou au travers du pied. Nous dûmes rire, bien que nous aurions aimé avoir une caméra pour filmer tout ça.
* * * * *
Depuis que j’ai perdu la vision, j’ai toujours fait moi- même tout ce qui m’était possible de faire. L’hiver, je nettoyais l’entrée de ma cour. J’ai donc placé une clôture à la droite de mon entrée et, lorsqu’il neigeait, je me guidais sur elle. Le tout devint alors bien facile. Je prenais alors la souffleuse à neige et je suivais la clôture jusqu’au chemin, puis je nettoyais la neige en allant de travers jusqu’à la maison. Ce jour-là, la neige était très légère. Je sortis du garage en suivant la clôture pour m’arrêter au chemin.
Le chasse-neige n’étant pas encore passé, je ne me rendis pas compte que j’étais rendu au chemin. Je continuai donc puis, sans m’en rendre compte, je tournai vers le côté de la route et je partis. Je commençais à trouver que ma cour était un peu longue. Soudain, j’entendis une voiture qui passait tout près de moi. J’arrêtai donc le moteur et je criai pour de l’aide. Je ne savais plus de quel côté j’étais parti. Il n’y avait personne aux alentours. J’essayai donc de revenir sur mes pas et, heureusement, je finis par retrouver mon chemin.
Le pire, c’est que plusieurs personnes m’ont aperçu! Je reçus ainsi de nombreux appels téléphoniques à ce sujet. Ils voulaient savoir si je travaillais pour le gouvernement.
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Un autre jour, mon épouse décida d’aller au magasin avec la voiture. Elle sortit du garage et la voiture s’immobilisa dans un banc de neige. Elle vint me chercher pour l’aider. Avant de perdre la vision, j’étais assez bon conducteur. J’aimais surtout manier les voitures manuelles. Mon camion ayant une transmission manuelle, ce n’était qu’un jeu d’enfant pour moi. Je pris le volant et remis la voiture en marche. Afin d’aider mon épouse, je fis une trace assez loin vers l’arrière et je m’assurai que la voiture passait très bien. Puis je lui dis:
-Tu peux y aller maintenant, il n’y a plus de problèmes.
Ce qu’elle fit Je ne m’étais pas rendu compte que les traces que j’avais faites ne se dirigeaient pas vers le chemin, mais vers le gazon. Mon épouse sortit donc de la cour et se rendit au magasin. Avec la meilleure intention du monde, je sortis la souffleuse et je suivis les traces. Je pris mon temps et je nettoyai la cour très large. Je revins à la maison, fier d’avoir réussi à nettoyer la cour avant que mon épouse ne revienne. J’étais assis au bout de la table et je buvais un bon café lorsque mon épouse arriva et me dit:
-Pourrais-tu venir m’aider? Je suis encore prise dans la cour.
Je bondis et lui dit:
-Qu’est-ce qui se passe, il n’y a plus un grain de neige? Comment peux-tu te prendre ainsi?
Mon épouse me répondit très calmement:
-Si tu avais nettoyé la cour aussi bien que tu as nettoyé le gazon, eh bien, je ne me serais pas prise une autre fois.
Je sortis constater cela et c’était bel et bien vrai. Le gazon était prêt pour commencer à repousser.