Voir avec les yeux du coeur

Une vie à raconter

 

Chapitre 10 (page 1)

Voici quelques faits un peu drôles que j’ai dû vivre au cours de mon existence. Il faut dire qu’au moment où ces choses se sont produites, je ne trouvais pas ça drôle du tout. Je peux en rire maintenant.

 

Au cours de ma première année d’université, je voyais directement devant moi et c’était comme si on regarde dans un tunnel de la grosseur d’un vingt-cinq sous. Un jour que je terminais mon cours de mathématiques et que je m’en retournais chez moi, je me rendis compte qu’il pleuvait à verse. Ma première réaction fut de courir. Je boutonnai mon manteau, puis regardai tout droit avant de virer vers la droite pour prendre le chemin de retour. Je fis à peine deux enjambées que je me sentis marcher dans le vide. Je savais que j’allais tomber et c’est exactement ce qui arriva.

 

Je tombai dans une mare d’eau. Je me relevai aussitôt, honteux, et je partis par chez nous. Je n’osai même pas regarder en arrière de peur que quelqu’un m’ait vu. Un peu plus loin, je réalisai que je m’étais fait mal à la jambe et aux bras. Vous savez, j’avais oublié qu’il y avait huit marches d’escalier, puis on devait faire une dizaine de pas avant de remonter huit autres marches. Eh bien moi, je n’avais pas fait comme les autres. Je cherchais à prendre des raccourcis! Ce fut la dernière fois que je me suis fié à mes yeux.

 

*****

 

J’étais allé magasiner avec mon épouse. Je décidai alors de rester dans la voiture et d’écouter une de mes émissions de radio préférées. La voiture était garée dans le stationnement. Il faisait soleil et je me permis de m’appuyer la tête en arrière. Je somnolais quand soudain j’entendis frapper à ma fenêtre. Je baissai la fenêtre, mais je n’entendis personne. Je remontai donc la fenêtre. Quelque temps après, j’entendis frapper à l’autre fenêtre. Je me penchai, puis baissai la vitre. Et encore une fois, personne ne me parla. Je crus que c’était un de mes amis qui me jouait un tour. Je me préparai et fis semblant de dormir. J’avais la main sur la poignée et j’étais disposé à baisser la vitre aussitôt qu’on frapperait. Je voulais le saisir au collet. J’attendis quelque temps, puis on frappa encore. Je baissai la vitre rapidement allongeai la main et saisis l’intrus par le collet en lui disant:

 

-Je t’ai eu, hein!.

 

Personne ne répondit. Je ne voulais pas le lâcher, mais soudain mon épouse arriva.

 

    -C’est qui ce type?

 

-Je ne sais pas, me répondit-elle.

 

Il lui montra sa carte, c’était un sourd-muet qui vendait des stylos. Imaginez-vous, un muet qui ne savait pas que j’étais aveugle et moi je ne le voyais pas... Quel mélange!

 

 

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