Pour sauver la face, je laissais croire aux gens que j'avais trop consommé d'alcool. Je ne voulais pas leur dire que c'était parce que je ne voyais presque plus.
Je pourrais raconter des dizaines de faits cocasses qui se sont déroulés depuis que j'ai un problème de vision. Depuis que les gens savent que je suis aveugle, ils me relatent plusieurs histoires farfelues. Certains s'amusent à raconter:
"Te rappelles-tu lorsque tu jouais au ballon-volant et que tu cherchais le ballon dans les airs?, D'autres disent Te rappelles-tu lorsqu'on marchait le soir et que tu te perdais?-"Lorsque tu travaillais, tu ne nous voyais pas arriver et tu t'es frappé sur un poteau.,Et bien oui, je me rappelle de ces incidents. Surtout que, à chaque fois, je me faisais passer, encore une fois pour un gars fort distrait. Pourtant, jene l'étais pas du tout. Ma force de concentration a toujours été un atout important pour éviter que je fasse des erreurs.
J'allai donc consulter un spécialiste en pensant qu'il allait tout simplement me prescrire des lunettes. J'étais accompagné de mon épouse. Les examens commencèrent et je voyais tout ce qu'il me demandait. De loin, j'avais une excellente vision. Je crus, un moment, que j'étais vraiment distrait. Mais à peine quelques minutes après le début de l'évaluation, il s'asseya à son bureau et me dit:
-Tu ne conduis pas ta voiture?
-Bien oui, répondis-je.
-A partir d'aujourd'hui, tu ne conduiras plus ta voiture.
Il ne passa pas par quatre chemins pour me dire que je n'avais plus que .08 pour cent de vision et que, en très peu de temps, j'allais perdre complètementla vue. Il m'informa également que cet état s'appelait la rétinite pigmentaire.
Je n'ai jamais oublié ces paroles. Mon épouse réagit beaucoup plus rapidement que moi et elle se mit à pleurer. Moi, je fus frappé par ces mots, mais je croyais encore qu'il pouvait se tromper.-D'ailleurs, qui était-il pour poser un diagnostic de la sorte? Je ne le connaissais pas. Je ne savais pas s'il était bon spécialiste. A mon grand désespoir, il était effectivement un bon spécialiste. Tout ce qu'il m'a prédit à ce, moment là arriva tel que prévu.
Je me suis alors mis à la recherche du meilleur spécialiste au Canada afin de me convaincre qu'il me disait la vérité. Je pense que c'était plutôt pour prouver qu'il se trompait. Je le trouvai à Montréal et je m'empressai d'aller le consulter. Dès notre première rencontre, il confirma le diagnostic de l'autre médecin. C'est à ce moment-là que je reçus le choc
Étant donné que je n'exprimais jamais mes sentiments, je consacrai une bonne partie de mon existence à l'alcool. Il s'en est passé des choses depuis ce moment-là.
Perdre la vision à vingt-six ans est une chose que je ne souhaite à personne. Je dus renoncer à ma carrière de mineur. Je quittai donc mon emploi et passailes quinze semaines qui suivirent sur l'assurance-chômage-maladie. Puis, je reçus des prestations financières. Mon orgueil en prit un coup. A ce moment-là,je refusais de croire que j'allais devenir handicapé. Je continuai donc à travailler dans la plomberie et dans la construction jusqu'au jour où je réalisai que je ne pouvais presque plus voir le jour. Étant constamment mis en danger, je dus abandonner mon travail. La période de réadaptation commença donc.