VOIR AVEC LES YEUX DU CŒUR

Un nouveau départ

Chapitre 5 (page 1)

Ce programme a eu un effet positif en ce qu'il m'a convaincu que les personnes handicapées doivent être intégrées à toutes les facettes de la société. A partir de ce moment-là, je consacrai très peu d'efforts à la valorisation de regroupements d'handicapés. Surtout que j'ai moi-même dû me battre pour terminer mes études dans une université réservée aux gens dits normaux. Ce fut fort difficile de leur prouver que je pouvais fonctionner normalement dans leur système. Heureusement que j'ai rencontré un directeur de département ayant l'esprit ouvert! Il me donna alors une chance. J'acceptai donc cette opportunité. Afin de ne décevoir personne ou de priver d'autres handicapés de cette possibilité, je travaillai presque vingt-quatre heures par jour tout au long de mon séjour à l'Université.

 Imaginez le stress vécu par une personne ordinaire qui quitte le foyer pour se rendre étudier dans une autre ville avec des étrangers.Imaginez-vous donc maintenant le stress que j'ai dû affronter car je devais me rendre seul à mes cours.

La première journée, je devais assister à sept cours et ceux-ci étaient dispensés dans des édifices et dans des locaux différents. Inutile de vous dire que je ne pouvais pas voir les numéros sur les portes, ni les portes elles-mêmes. Lorsque je trouvai enfin la porte, il me fallut trouver un banc pour m'asseoir parmi une bonne centaine d'élèves bruyants. Cela fut très difficile. A noter que je fus le premier handicapé visuel à fréquenter cette université. Depuis, d'autres aveugles ont suivi mes pas. Je suppose donc que c'est beaucoup moins difficile pour eux, surtout que plusieurs comités ont été mis sur pied afin d'aider les nouveaux étudiants.

 Lors des trois premières années, j'ai travaillé très fort. J'ai également vécu des moments intenses de découragement, d'anxiété et de frustration reliés aux difficultés que me causa mon problème de mobilité. En temps normal, je pouvais me débrouiller assez bien. Mais en hiver, je dus affronter les méfaits causés par la neige. Imaginez un peu que je devais parcourir au moins un quart de mille pour me rendre à l'Université. Les trottoirs n'étaient pas déblayés et il y avait plus d'un pied de neige. Je devais me débrouiller avec ma canne blanche. Je n'avais aucun moyen de m'orienter avec les rebords des trottoirs car ils étaient recouverts de neige.

Je me rappelle d'un bon matin où il neigeait. Comme à tous les matins, je faisais l'effort ultime de me rendre à mon cours de mathématiques qui était enseigné dans l'édifice le plus éloigné du campus. Pour m'y rendre, je devais passer dans un petit sentier à travers le champ. Ce matin-là, le trottoir n'était pas encore déblayé et il faisait toujours tempête.

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